Si d’aucuns se demandent encore si la Normandie est une contrée fertile pour le rock, qu’ils se rendent immédiatement sur Youtube, Soundcloud, ou encore Deezer, pour se délecter des sons et images de Vanished Souls, dit VS. Deux mots, deux initiales, qui grisent comme du Pernod pur !

Voilà précisément un nom que l’on aimerait voir plus souvent irradier les colonnes de la presse musicale.

Alors tant pis si l’on verse dans le dithyrambe et la redondance, mais il est clairement besoin ici de professer combien l’on aime la musique et l’univers de VS, véritable coup de foudre dès la première écoute !

On est d’emblée pris à la gorge par la cohérence du groupe. C’est du lourd, comme on dit ! Certains titres, entêtants, troublent par leur potentiel d’attraction immédiate. Cette fusion ambitieuse de belles influences telles que Radiohead, Sigur Ros, Mogwai, Archive, Pink Floyd, My Bloody Valentine, qui s’attache à créer et maintenir un climat éthéré et atmosphérique, à la fois sonore et très imagé,  incite en effet à prêter l’oreille autant qu’à ouvrir l’oeil…

De surcroît, le groupe se passionne clairement pour les rapports entre musique et image. C’est en ce sens qu’il révèle toute la fertilité d’un genre qui lui est propre et qui de cette façon se soustrait à l’étiquetage…

Il a d’ailleurs composé les BO de nombreux courts métrages. Dont Bouche de métro, présenté à Cannes en 2009, dans le cadre du Short Film Corner, avant d’enregistrer Just a Sight, un EP concept, sorti en 2012, produit par Frozen Records et distribué par Believe digital, qui raconte la quête identitaire d’un être « sans apparence » dans une société moralisatrice et totalitaire…

Ces fous de cinéma ont un sens aigu de l’esthétique qui hérite de celui d’un Cameron Crowe, d’un Luc Besson, d’un David Lynch ou encore d’un Alejandro Amenabar, avec des manifestations parfois oniriques, comme dans le cinéma de Terry Gilliam, une touche très personnelle, apte à donner le frisson, dont ils ne manquent pas d’imprégner leur univers musical. Pour preuve, Industrial, Lacrima, IDentity, et 3 min 42, sont autant de clips vidéo qui suffisent à inonder nos esprits de perceptions étranges. En les découvrant, on comprend ô combien l’association image-son est une véritable vocation chez VS.

En 2013, c’est au tour de CiTies R real de nous surprendre par la puissance de son envoûtement. L’album est tourmenté, mineur et rêveur, à l’instar de Just a sight, flirtant entre sonorités douces et haletantes, entre nappes de synthé ambient hypnotiques et rock noisy, le tout s’évaporant parfois dans des effusions de chorus échevelés, magiques, et véritables murs de son, où il n’est pas rare que des progressions nettes se mutent en fins abruptes. Les guitares jouées à l’archet, le ukulélé et l’accordéon, d’une incroyable richesse poétique, ajoutent à la tonalité d’ensemble de ce superbe opus.

Après s’être attelé à une tournée de belle envergure en 2014, VS, finaliste des iNOUïs du Printemps de Bourges (en région picarde), n’a de cesse d’évoluer depuis… Pour l’heure, il travaille sur un futur EP qui sortira à l’automne prochain, avec le talentueux réalisateur, Fred Vectol, du studio Question De Son.

Ce troisième cahier, qui s’ouvre par un prélude aguichant et prometteur de 3 min 42 et son antienne qui nous vrille l’esprit : « This world is driving me insane ! » (Plus que jamais d’actualité), s’annonce plus rock et plus nerveux, direct et sans détours, et semble ne jeter à l’esprit que des sensations fraîches…

Son clip a été tourné à la Cité du Cinéma de Luc Besson avec son réalisateur Rachid Dhibou et l’équipe de Derrière le futur.

En attendant l’automne, vous pouvez déjà écouter le groupe sur leurs pages, et découvrir leur interview ci-dessous.

SoundcloudYoutube Facebook – Site officiel

Vanished Souls sur Deezer

VS est un quatuor formé de DriX (voix, guitare à l’archet, ukulélé), Svein (guitare, piano, voix, cloche), Fred (basse, melodica), Yann Forléo (batterie).

Copyright Vanished Souls

 

SD – Bonjour VS !

Chacun de vos titres suit un fil tendu entre ces ambiances musicales typiques du Post Rock/alternatif, néo progressif, shoegaze et noise pop mélodique, que l’on retrouve chez de véritables aristocrates de la musique tels que Radiohead, Sigur Ros, Archive, Pinapple Thief, My Bloody Valentine, Slowdive…  Est-ce bien dans ces musiques que vous allez chercher ?

Oui effectivement ces grands groupes font partie de nos influences, mais pas que… Nous aimons beaucoup les B.O. de films aussi et tout ce qui peut s’écouter en fait…

SD – L’on imagine ô combien les soins que vous apportez à vos compositions sont méticuleux. L’on ressent une vraie volonté de parfaire votre œuvre. Est-ce exact ?

On essaie toujours de pousser nos arrangements au maximum et de donner une identité propre à chaque morceau. Chaque titre doit raconter une histoire mais c’est bien souvent inconscient, et le morceau se construit par lui-même au fur et à mesure. Nous aimons l’accident et le hasard.

SD – VS, est-ce un vaisseau pour transporter vos idées ou un projet plus ambitieux pour faire du « commercial » ?

Tout art est commercial du moment que l’on le vend en échange d’une rétribution. Pour notre part, rien n’est réellement calculé, la seule volonté est de ne pas se répéter d’album en album et de laisser le son du groupe évoluer naturellement.

SD – A l’évidence, vous ne faites pas de la musique pour être en première partie de David Guetta. Vous parlez à des gens qui ont déjà une culture musicale. Quel est votre public cible ?

Pourtant si ! 😉
A dire vrai, nous n’avons pas de cible particulière nous espérons que notre public est ouvert et tolérant.

SD – Sur Above the unlimited skies, extrait de votre album CiTies R real , c’est la claque ! En prélude à une explosion finale digne des Floyd, vous nous gratifiez d’un dialogue savoureux et euphorisant entre un piano et un accordéon, telle une ode à votre capitale, dans un style plus rétro et non sans charme, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Yann Tiersen. Cette cerise sur le gâteau est-elle simplement courtoise ?

En dehors de Vanished Souls nous travaillons beaucoup pour le cinéma et la TV. Nous écoutons beaucoup de musique de film, il est logique que cela ressorte naturellement. Yann Tiersen est un excellent compositeur avec un vrai imaginaire propre.

Vanished Souls – Vidéo : IDentity

SD – Vous avez adopté le procédé VJing, une forme contemporaine d’expression pour créer des images en temps réel synchronisées avec la musique, qui habille désormais vos spectacles. Quand on n’a pas le confort technique de groupes comme Radiohead ou Archive pour amener votre public à s’imbiber de votre univers, comment fait-on ? Cette technologie vous suffit-elle à reproduire en live ces ambiances envoûtantes et si atmosphériques qui sont les vôtres ?

Do it yourself ! Nous avons depuis toujours appris à bricoler. Nous sommes férus de nouvelles technologies et nous avons toujours cherché à transposer nos idées dans le réel. Le Vjing apporte à la musique une atmosphère tout au long du live, immergeant le spectateur dans un univers, un film dont il est l’acteur. Les images viennent appuyer le propos de chaque morceau. Mais nous jouons également sans le Vjing, ce qui laisse plus de travail à la lumière et à la présence du groupe. Nous aimons expérimenter en live toutes les possibilités à notre disposition.

SD – A vous écouter en live, à rebours de vos enregistrements en studio, on a l’impression que quelque chose de plus organique se passe ?

Oui l’album est par nature plus aseptisé et contenu que le live. Les guitares sont plus incontrôlables, nous ne voulons pas jouer toujours de la même manière et à la note près. On est plus bruitistes sur scène. Puis la guitare jouée à l’archet, par Drix, est beaucoup plus contrôlée dans le mix de l’album. Le pivot du live est pour nous le lâcher-prise.

SD – En parlant de musique de film, l’on vous aurait volontiers enrôlés pour la bande son de Vanilly Sky !  Entre rêves, hallucinations, et réalité,  notre  conscience semble inondée de perceptions étranges telles que ressenties à travers ces deux titres extatiques que sont Svefn-g-englar de Sigur Ros et Everything in its right place de  Radiohead qui ont notamment servis à la BO du film…. Ces initiales VS, Vanished Souls,  Vanilla Sky… Un hasard ?  Ce film vous aurait-t-il touchés ?

Oui, c’est un hasard, nous n’y avions pas songé. Surprenant et flippant !

Radiohead – Vidéo : Everything In Its Right Place (Vanilla Sky Music Video) 

 

SD – Votre album CiTies R real paraît tellement bien produit, que l’on pourrait se demander s’il a fait l’objet de longues réflexions préalables avec des techniciens du son et une production artistique, qui vous auraient amenés à cette opportunité… A moins que ce ne soit simplement le produit d’une énergie créatrice venue spontanément du fond des tripes ?

CiTies R reaL est à 100% « home made ». Nous avons potassé plein de choses sur le mixage et avons passé énormément de temps, tant au niveau arrangement que mixage.
Le futur EP qui sortira à l’automne prochain a été travaillé en studio avec un réalisateur talentueux (Fred Vectol de Question De Son). La différence se ressent sur la qualité des enregistrements, puis sur les arrangements que nous avons développés en studio.

SD – Vos textes, d’un univers plutôt abstrait, loin de couper le souffle à nos pensées, les avivent, les convoitent… Industrial, par exemple, nous parle de la menace industrielle pour le développement humain : « We draw the skies in grey », « I’m growing with this pain on my smile», «You’re the dove above the bane, above a fairytale…» Autant de mots qui claquent et nous mettent en alerte.  Les textes sont-ils essentiels pour vous ? Et quels sont les messages que vous aimeriez faire passer à travers votre musique ?

Sans vouloir être moralisateur, c’est avant tout de l’anticipation un peu à la manière d’un film de science-fiction. C’est en quelque sorte une éventualité, une évolution possible au vu des événements et des directions prises par l’être humain. Après, qui peut savoir ? …

Vanished Souls – Vidéo : Industrial (HD)

SD – Certaines magies de la musique ne se perdent pas à travers le temps et continuent à émerveiller les sens, mais ne craignez-vous pas cependant que cette couleur musicale née au début des 90’s, en réaction aux genres musicaux de l’époque, ne suscite plus le même engouement aujourd’hui ?

C’est une question que nous ne nous posons pas vraiment. Ensuite, CiTies R reaL appartient au passé. Il correspond à un état d’esprit, un sentiment que nous avions à cette époque. Le prochain CD illustre une évolution dans notre vision du monde. Moins contemplative, plus inquiète.

SD – D’ailleurs, avec votre dernier titre 3 minutes 42, extrait de votre futur EP, l’évolution s’avère intéressante…  Ça donne un rock encore plus épicé à la sauce électro…

Effectivement 3 min 42 illustre le côté plus nerveux du prochain EP. Ce CD sera plus rock, plus organique, plus direct. Nous avons cherché à préciser notre discours sans détours.

Vanished Souls – 3 minutes 42 (Clip Officiel HD) & Making of du clip