L’Homme s’occulte dans sa léthargie où son égoïsme l’a plongé. Où est donc l’Homme ? Où est donc son acte d’Homme ?  L’engagement dans la vie de tous les jours comme la réaction face à l’inaction sont une préoccupation dominante pour Silence Radio, cette étonnante formation musicale bretonne pour qui la révolte sonne comme une urgence. Comme la nécessité de s’insurger contre tant d’incongruités, de mascarades, de mensonges et grand cirque politique en ce monde qui se délite.

« Frontière, frontière, frontière, colère, colère, colère, prière, prière, prière, calvaire, calvaire, calvaire… ». Littéralement envoûtants, les mots d’Axel, chanteur du groupe, sont de puissants messages, comme une admonestation, un coup de fouet visant la prise de conscience, et réfléchissant sur la pratique même du poème comme réponse à l’interrogation du monde. Des mots ciselés comme des émaux, comme de véritables armes à déclic, tissant l’émotion, et indignés d’une fureur lucide.

On y sent une volonté, comme des aphorismes implicites : « Commencez-vous à voir quelle sorte de monde nous créons ? Un monde de craintes, de trahisons, de tourments. Un monde d’écraseurs et d’écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu’il s’affinera, deviendra plus impitoyable. »

Le tout dans la langue de Molière, sur des instrumentaux glissant entre rock, slam, reggae, psyché, hip-hop… C’est du grand art, et son public ne s’y trompe pas !

Silence radio, c’est donc une passion vitale pour les mots et pour la musique, poussée à son comble, et, en lettres de feu sur le cœur des hommes : la rébellion ! Telle une étincelle ardente qui embrase leurs compositions. Tito, guitariste (soliste) du groupe, et Rémy, à la guitare (rythmique) en sont les instigateurs, les déclencheurs d’idées et créateurs de mélodies. Ensuite, le socle basse-batterie d’Erwan et Emeric, s’insinue naturellement, pour apporter une lourdeur et une cadence aux riffs de guitares mélodiques, parfois déchirants, et absolument efficaces.

Il y a chez eux, ce refus des sollicitations médiatiques, quand d’autres se ruent sur n’importe quelle opportunité pour gagner une minute de popularité.  Une parfaite cohérence donc, très en phase avec leurs convictions et leur refus péremptoire de se fondre comme des moutons dans le moule qui nous est régulièrement présenté comme le seul possible.

Leur titre Secondes fut le premier cri que la sensation de leurs propres maux leur arracha. Ils se confrontent à l’ennemi à grands cris, le combattent de toutes leurs forces, appelant de tous leurs vœux ce monde meilleur auxquels ils aspirent.

Silence Radio : vidéo « SECONDES »

Il faut dire qu’en la matière, Silence Radio, même s’ils évoluent sur des chemins déjà creusés par des groupes tels que Noir Désir, Kyo et autres Diabologum, verse plutôt dans l’originalité : la ferveur est immédiate, le verbe est élégant. Il n’est pas question ici d’invectives aveugles, de doigts d’honneur et d’intonations provocatrices et productrices du plaisir primaire de marquer sa réprobation.

Sur scène, la voix d’Axel n’en devient que plus affirmée, le partage avec le public généreux, les gestes s’amplifient ; la présence de l’interprète est hors pair ! Et ses complices suivent, aimant avant tout jouer et donner du sens, communiquer leur adrénaline.

Après Drapeau Blanc, leur premier album, le groupe s’en retourne en studio pour de nouvelles surprises, avec un supplément d’âme que l’on espère encore plus dévastateur, comme un coup de masse.


Merci à Silence Radio de nous gratifier d’une interview, où il est question d’idéologies, et ce dans une ambiance décontractée et bon enfant.

SD – Silence Radio, un groupe engagé dans les problèmes de son temps ? De la réaction à l’inaction ? Sont-ce des définitions qui vous siéent ?

Bonjour Sounding Magazine ! Un temps qui dure depuis bien trop longtemps. Il y a 34 ans, Balavoine pétait un plomb sur TF1 en dénonçant la guerre au Liban dans laquelle la France était engagée. En ‘89, les Béruriers Noirs chantaient « La Jeunesse emmerde le Front National »… Aujourd’hui, ces thèmes résonnent plus que jamais. L’engagement dans la vie de tous les jours est nécessaire selon nous, notre réaction face à l’inaction se fait dans la composition musicale.

Bien entendu ces définitions nous correspondent, c’est l’essence même de la musique pour nous : l’engagement, la révolte. Nous avons une certaine admiration pour tous ces artistes du top 50 qui arrivent à n’écrire que sur leurs petits nombrils et à ne causer que d’amour. Il faut être sacrément égocentrique pour arriver à une telle prouesse. Ou aimer beaucoup l’argent, voire les 2 !).

SD – “Le coeur est humain dans la mesure où il se révolte.” Cet adage de Georges Bataille vous parle-t-il ? 

Il nous parle, dans un certain sens. On va dire que la révolte permet au cœur de l’homme d’être courageux et de faire acte du monde qui l’entoure. Mieux vaut avoir un cœur courageux et actif qu’un cœur impassible, certainement.

SD – La France d’aujourd’hui : une sixième puissance mondiale qui n’a pas confiance en son avenir… Qu’en dites-vous ?

Quel pays a-t-il confiance en son avenir aujourd’hui ? Et faut-il formuler la question de cette manière ? Certains pays ont peut-être confiance dans leur avenir, mais ont-ils confiance dans l’avenir de notre planète ? La question importante est là, sinon on en revient à notre problème d’égocentrisme.

Car aujourd’hui, il y a un défi climatique, agricole, humaniste à construire. Il faut avoir l’espoir que la France soit le pays qui montre l’exemple à tous les autres. Ne pas se laisser pourrir par le pessimisme et avancer, c’est possible. Aussi utopique soit-il.

SD – Vous venez d’anticiper la question qui suit : cultiver l’espoir que le monde avance, et pas forcément vers le pire. Est-ce une pensée qui pourrait-être la vôtre ?

Rires ! Cette pensée est la nôtre, sans aucun doute.

SD – L’heure de l’apéro – clin d’œil à l’une de vos chansons – serait-elle celle du dilettantisme ironique face à ce monde amer et fou pour vous éviter de pousser des cris tel un Edvard Munch, ou bien au contraire, ce moment privilégié pour vous retrouver entre vous en terrasse d’un café pour affronter les réalités et tenter de trouver de solutions ?

« Apéro », c’est une chanson au texte simple et clair : nous ne devons pas tomber dans la terreur quand l’horreur frappe à notre porte. Ce n’est pas parce qu’on nous tire dessus en terrasse lundi, qu’il ne faudra pas retourner y prendre son café le lendemain. Bien au contraire. La politique française menée sur ce sujet est mauvaise. Les décisions prises nous ont enfermés dans un monde de défiance et de crainte. Contrairement au Québec ou en Allemagne par exemple, qui ne sont pas tombés dans la peur suite aux attentats les ayant touchés (événements maintenus, rappel de la solidarité avec les 99.99999% de musulmans pacifistes, appel au calme…).

Silence Radio – vidéo : « Léo »

SD – Notre liberté est-elle en péril ? Et pourquoi selon vous ?

Nous ne sommes et ne nous ne serons jamais libres à 100%. Mais cette liberté que nous avons déjà acquise dans nos pays, dans nos démocraties, est belle et largement suffisante, et selon nous n’est pas  menacée. A l’heure d’internet et des smartphones, l’information et les mots vont trop vite pour oser dire que cette liberté-là est en péril.

SD – Desproges, Coluche, Balavoine…. Des noms qui semblent vous parler…

Nous parlions de Balavoine dans la première question… Coluche est cité dans le premier titre de notre album… Desproges, c’est réussir l’alliance de l’intelligence avec la dénonciation, la classe avec la révolte… forcément, les 3 sont des modèles pour nous.

SD – De prime abord, en vous écoutant, nous viennent des réminiscences de Kyo, de Manau, de Diabologum, IAM, et de Noir Désir….. Slam, rock, reggae, un tantinet rap… Est-ce là vos uniques influences ? 

Kyo, bien que très talentueux, est un peu trop léger pour nous. C’est un groupe qui nous plaisait énormément quand nous étions ados, mais avec le temps tu comprends pourquoi tu aimais ça avant et moins maintenant. Mais ce côté mélodieux et puissant dans l’album « Je cours » est vraiment bon.

Manau, plus du rap que du slam selon nous. Et bien entendu, pour nous ce sont les poètes de temps modernes, au même titre qu’IAM, la Scred Connexion, Kacem Wapalek, Jazzy Bazz, Kerry James… même si cela ne se ressent pas dans tous nos morceaux, le rap, le hip-hop, nous berce depuis des années et continuera jusqu’au bout de notre vie, sans aucun doute.

Et Noir Désir… c’est Noir Désir (rires). Les maîtres du rock français. La comparaison qui revient le plus souvent. Ça nous fait à chaque fois très plaisir, mais c’est également très dangereux. Beaucoup de groupes n’ont pas fonctionné car trop copier/coller de Noir Désir. C’est pour ça que nous essayons de nous en détacher au maximum et que nous laissons libre court à nos influences funky, hip-hop, psychédélique, reggae dans nos morceaux.

SD – Et vos maîtres à penser ?

En plus de Cantat, Brassens, Brel, Ferré, Renaud, Mano Solo sont des génies de l’écriture, donc de pensées. Ils nous inspirent profondément. Comme Zak de La Rocha (Rage Against The Machine) et  Sixto Rodriguez. Leurs textes font écho à nos convictions.

SD – C’est du grand art de combiner des textes forts, de surcroît en Français, à des mélodies accrocheuses, aux influences multiples. Vos chansons sont l’imbrication parfaite du fond et de la forme. C’est un tout cohérent où le texte n’existe pas au détriment de la musique. Bravo !

Composez-vous la musique avant d’écrire les textes, ou l’inverse ?

Que de compliments ! Merci beaucoup. Vous êtes les premiers belges à nous complimenter vous savez !? (Rires) 6 ans qu’on attendait ça ! 😉

Plus sérieusement, nous sommes avant tout des passionnés de musique. Les Doors, Led Zep’, Pink Floyd… Tous ces groupes mythiques nous ont profondément marqués par leur profondeur musicale et leur créativité. Le fait de se mettre en danger constamment. C’est ce goût du risque que nous essayons également de mettre en musique. Et par-dessus tout, notre amour pour les grands auteurs est présent également, et nous ne voulions pas les refouler. D’où cette exigence dans les textes. Le tout est de réussir à combiner les 2, pour que la musique sublime les mots, et inversement. Et ce n’est pas un problème pour Axel, notre chanteur/parolier, de laisser place uniquement à la musique sur des ponts de 3, 4, 5 minutes ou plus. Il aime bien dire « Votre musique les gars, ce sont des mots libres de sens pour chacun ». Et c’est très souvent la musique qui vient avant nos textes, ce qui prouve bien nos propos.

SD – Qui compose et écrit les textes ? L’on sait que la dynamique d’un groupe est la manière dont il fonctionne. Quelles sont les interactions qui s’établissent entre vous et comment se prennent les décisions ?

Nous commençons toujours par composer la partie instrumentale. La composition musicale s’effectue tous ensemble. L’idée part souvent de Tito (guitare soliste) et parfois de Rémy (guitare rythmique). Ce sont eux les déclencheurs d’idées et les créateurs de mélodies. Ensuite, le socle-basse batterie arrive naturellement, pour apporter une lourdeur et une cadence aux guitares. On travaille un couplet type, et on cherche un refrain le plus efficace et différent possible. Ensuite on propose chacun des idées pour la structure générale du morceau (intro/pont/breaks/variation des couplets/fin du morceau…), on essaye, si ça nous plait, on enregistre, on réécoute, si ça nous plait toujours on garde cette structure, sinon on réessaye… Les possibilités sont infimes, il n’y a pas de recette magique. Pour le texte, c’est Axel au chant qui s’y attelle seul, la musique, l’ambiance va lui inspirer un thème. Parfois viennent les mélodies du chant avant le texte, parfois l’inverse. Une fois que le texte et sa mélodie sont écrits, on retravaille la structure du morceau pour essayer de le mettre en avant, ni trop, ni pas assez. Voilà comment ça se passe, nos phases de composition sont une véritable démocratie, où chacun a son mot à dire et où personne ne donne d’ordre à l’autre (sourires).

SD – Quand votre voix s’emporte, sur, par exemple, votre titre secondes, on y sent une hargne que vous ruminez depuis des âges, une ténacité rageuse. Cela définit-il plutôt bien votre tempérament d’ordinaire ?  

(Rires encore) Oui tout à fait. On me disait que j’étais rebelle. Je n’étais pas d’accord, j’étais simplement pour la justice, quelle que soit le sujet abordé. Les choses injustes, les décisions arbitraires m’ont toujours insupporté.

Au collège et au lycée, j’étais très souvent convoqué chez le directeur (ou la directrice d’ailleurs ! Big Up à Marie-Noëlle ! « J’ai dû te les casser sévère à une époque ! ») Non parce que je faisais des conneries, mais parce que quand je n’étais pas d’accord avec sa décision ou celle d’un professeur, je n’arrivais pas à me dire «Ferme ta gueule tu vas avoir des ennuis». D’où de multiples heures de colle et des débats longs et houleux dans les hauts bureaux de mes établissements scolaires…

Noir désir – vidéo : « L’homme pressé ».

SD – Après Drapeau Blanc mon petit doigt le plus sagace me fait savoir que vous retournez en studio ? Serait-ce une affaire qui se traite de manière hautement confidentielle, ou pourriez-vous nous en dire plus ?

(Rires) Notre grande maison de disques aurait-elle laissé fuité l’information ?

Effectivement, nous retournons en studio. Cette histoire est assez complexe alors je vais vous la résumer point par point (attention c’est trèèèès long) :

  1. Xavier Aubert est ingénieur du son au Studio du Faune à Montauban-de-Bretagne (nous y avons enregistré l’album Drapeau Blanc). C’est lui qui a mixé et masterisé nos morceaux.
  2. Xavier a un réseau important, puisqu’il a travaillé avec Kyo, Axel Bauer, Daran et les Chaises, et est très copain avec certains musiciens de Trust.
  3. A la suite du mixage du CD, il a vu en nous un potentiel et nous a proposé une collaboration pour travailler ensemble sur un CD 2 titres et de revoir totalement notre manière de travailler pour gagner en professionnalisme. Bien entendu, nous avons dit oui.
  4. La manière de travailler : pour la première fois, nous avions un choix à faire : choisir 2 titres parmi 7/8 nouveaux morceaux. Nous avons pesé le pour et le contre, réfléchi à l’impact que chacun pourrait avoir, à la durée des morceaux, à leur structure, à la qualité du texte, la puissance de la voix et sa mélodie. Et nous nous sommes décidés donc sur 2 titres, nommés Etat d’Urgence et Collatéral. Et ces 2 titres, nous les avons travaillés en répétition, pendant des heures et des heures, pour arriver à des morceaux finis que nous espérons les plus réussis possible.
  5. Nous rentrons donc en studio le 11 et 12 mars prochain, pour enregistrer la batterie, le basset les guitares rythmiques. Et également pour la première fois, nous enregistrons sur plusieurs amplis, guitares, batterie différentes pour avoir un maximum de choix lors du mixage et pour ne pas nous contenter d’un son unique pour chaque instrument.
  6. 1 mois plus tard, après le mixage de toutes ces parties, nous irons à Paris, dans le studio que Xavier Aubert a monté, enregistrer les parties solos guitares, et la voix, les chœurs. Ces prises de son, le mixage final et le mastering se fera avec un des meilleurs systèmes son/table de mixage au monde (ACDC a enregistré son dernier album avec du matériel comme celui-ci).
  7. Une fois ces 2 titres finalisés, Xavier Aubert ira les défendre auprès de son réseau, avec pour simple objectif, le fait de signer un contrat avec une maison de disque ou un label pour la production d’un album (ou plusieurs ? On peut rêver !).
  8. En gros : Bonjour, voici 2 titres du groupe Silence Radio. Ça vous dirait de produire et d’investir pour les 10 autres qu’ils restent à enregistrer ?

On espère vraiment quelque chose de tout ce travail mis en œuvre.

SD – Votre quête des mots dépasserait-t-elle la volonté de conquérir les foules ?

On ne veut pas « conquérir les foules », 6 ans après la création du groupe, on espère juste pouvoir en vivre un jour. Et si la quête des mots peut nous y aider, nous nous y lançons totalement.

SD – Vivre de votre talent, de votre art ? Comment voyez-vous cela possible dans ce monde sans pitié du marché musical ?

L’indépendance et le travail d’équipe avec des personnes que l’on connaît de longue date ! Je pense que c’est la seule solution possible pour rester libre de ses propres choix et donc de sa musique. Et apporter de l’innovation, des choses nouvelles, des contenus lorsque l’on sort un CD. Nous avons nos idées derrière la tête, on espère pouvoir les mettre en place d’ici quelques mois. C’est tout le mal qu’on peut nous souhaiter !

Merci à vous, on se voit en Belgique !  🙂

SD – Avec un plaisir non dissimulé ! Merci à vous !

 

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