Avec la sortie de son deuxième album « Mont Royal », en 2015, Roscoe infuse un sang nouveau au paysage musical de nos contrées.

Il est en terre belge, cinq liégeois s’adonnant à une musique imagée et captivante, modulant des mélodies teintées d’une couleur pop-rock atmosphérique… La voix du chanteur, Pierre Dumoulin, touche l’âme et le corps, tel un appel à une vie intérieure…

Leur musique décolle, aérienne et pénétrante, avec toute la célérité possible. Elle est cette sorte d’OVNI qui nous fait planer en vol continu.

Les textes recèlent quant à eux une pensée grave, et donnent à réfléchir. Ils sont aussi pleins d’essence que la musique ; c’est toujours la même âme qui s’épanche en nous disant ses rêves tourmentés, ruisselant d’imagerie neuve qui ne nous endort jamais au ronron d’un style pesant.

En 2012, sort un premier opus. A peine révélé au grand jour, « Cracks » leur permet déjà de s’imposer comme un groupe phare. Il flotte dans cet album un parfum particulier, une atmosphère envoûtante… C’est pour le moins léché : des arrangements minutieux et une certaine sophistication du son passent dans les doigts de ces musiciens passionnés, que l’on pourrait qualifier d’infatigables polisseurs, pour lesquels le souci du détail prime sur le besoin d’étaler sa virtuosité, qui n’existe ici qu’au service de la musique.

En 2015, c’est au tour de « Mont Royal » de nous surprendre, résolument plus pop que son prédécesseur avec davantage de synthés, un peu moins de guitares, nous invitant, par la puissance de son envoûtement, à explorer en nous-mêmes les vastes espaces d’ombre et de lumière, comme les sentiers frustes de nos passés et de nos vies de tous les jours…. On y retrouve encore ces mêmes ingrédients, toutefois poussés dans leurs retranchements, notamment en termes de puissance atmosphérique, tant celle-ci, augmentée par de longues nappes de synthé, englobe chaque morceau de son aura persistante.

L’escapade est parfois tellement effilée, qu’elle nous emmène aux confins de la mélancolie, et d’une excessive nostalgie qui nous arrive comme un essaim de flèches en plein cœur.

C’est du grand art de parvenir à débusquer tant d’émotions avec des notes, qui ne courent pas le risque de s’embrouiller dans le méli-mélo des ondes radio.

Un savoir-faire qu’ils doivent notamment à Luuk Cox (producteur de Stromae, Girls In Hawaii, My Little Cheap Dicatophone, Shameboy…) qui leur a donné des ailes pour s’élancer dans l’espace sonore avec force et légèreté, en insufflant de l’air et de la cohérence à leurs compositions, pour une musique plus épurée.

Dans cette envolée furieuse, nos cinq passionnés n’ont pas prévu de se poser. Il est déjà question de jeter les bases d’un troisième album, plus énergique et plus dense encore…

Quelques dates de concert sont également au programme. Veuillez noter :

Le 7 avril, à la Flèche d’or (Paris), à l’occasion des PIAS nites

Le 18 juin, pour le FDLM, à Namur

Le 21 juillet, aux Francofolies de Spa

Et le 8 août, à la salle de la Madeleine, dans le contexte du Brussels Summer Festival.

Sounding a eu le plaisir de rencontrer Pierre Dumoulin.

Tel un avant-goût de ces heureuses perspectives, en voici l’interview.

SD – Pierre, bonjour !

Tout d’abord, Roscoe, c’est le nom que vous avez choisi en hommage au musicien bluegrass Roscoe Holcomb et à la chanson de Midlake, « Roscoe »… Est-ce le choix d’une profonde réflexion ou juste un clin d’œil ?

Cela n’a pas vraiment fait l’objet d’une profonde réflexion… A l’écoute de « Roscoe » de Midlake, point de départ de nos discussions, nous trouvions unanimement que le morceau était superbe et parfait harmoniquement. Puisque nous étions justement en recherche d’un nom de groupe, celui-ci incarnait une très belle synthèse de nos influences.

En investiguant, nous nous sommes aperçu que Roscoe était également le nom d’un chanteur de bluegrass. Nous aimions ce style de musique, et le choix du nom s’est donc imposé assez naturellement.

 

Photo : © Jean-Marie Vanderzwalmen

SD – Si l’on devait cocher une case « genre musical », ce serait celle d’un assemblage éclectique d’électro-pop anglaise, plus mélancolique que dark, et de rock alternatif américain… C’est parfois trop complexe pour être clairement défini. L’on aurait plutôt envie de dire que vous êtes ce genre d’ovni qui continue de nous faire planer… Qu’en pensez-vous ?

Merci, c’est un beau compliment, et un beau résumé de notre univers. Nous faisons une musique qui est en effet très difficile à définir. Voilà trois ans que je réponds aux questions des journalistes, en ne sachant pas trop comment résumer notre style de musique en un seul mot.

C’est une musique assez atmosphérique et planante, mais très pop en même temps. Les regards sur moi sont souvent interrogateurs lorsque j’amorce une explication pour y répondre. Le mieux est de se laisser aller et de se laisser emporter… Il faudrait toujours un paragraphe pour la décrire… 

SD – Une chose est sûre, chacune de vos chansons nous emmène en des contrées lointaines et rêveuses d’une musique pour le moins introspective… C’est aussi exquis que douloureux…   Je songe notamment à Shaped shades, Nights, Fresh Start, Edges… Encore que ce soit une constante sur votre dernier album « Mont Royal », sorti l’an dernierOn sent une volonté de sublimer par la musique les assauts du passé, ses tourments et ses peines. Est-ce exact ?

Clairement. Notre groupe n’est pas très expressif à l’oral ou lorsque nous sommes en présence d’autres gens.

C’est dans notre musique que l’on projette toute notre réflexion sur notre passé et notre vie de chaque jour. Inutile d’en parler entre nous : nous savons tous ce que chacun met dans notre musique : ses fêlures et tout ce qu’il n’exprime pas d’ordinaire. Le reflet du passé, et qui nous hante dans la vie de tous les jours. C’est donc notre manière de communiquer entre nous sur nos vies respectives, puisque nous sommes cinq à composer.

L’on nous demande souvent si nous sommes malheureux, à l’image de notre musique… Or ce n’est à proprement parler pas le cas. Nous sommes mélancoliques, et c’est cette mélancolie qui nous va bien, car elle nous fait rêver et rend les choses intenses. C’est calme et condensé. Nos messages peuvent néanmoins être très positifs au travers de cette même musique mélancolique.

ROSCOE : vidéo de « Lowlands », extrait de « Cracks »

SD – Deux albums déjà depuis votre formation en 2012, unanimement accueillis par la critique et le public. Dans l’entre-temps, vous avez enchaîné les festivals francophones en Belgique, les concerts sold out en clubs, le Printemps de Bourges, une tournée en France et au Canada, et une présence remarquée à l’Eurosonic… On ne peut nier votre envol dans le paysage musical belge, voire au-delà. Dans cet essor fou, le firmament n’est peut-être pas loin. Comment le vivez-vous ?

La naissance d’un groupe n’est pas quelque chose qui survient subitement. C’est complexe et ça naît d’un travail de longue haleine, et d’une réputation qui met du temps à se faire. Dans le secteur musical, des contacts se font, notamment avec les labels… Tout s’installe progressivement, en passant par une série d’étapes préalables.

On ne m’a jamais appelé du temps où je répétais les morceaux dans ma cave, pour m’annoncer que nous pouvions d’ores et déjà nous réjouir que tout allait exploser pour nous dans un an…

Il est bon de prendre les choses comme elles viennent, au fur et à mesure, avec confiance et optimisme, sans se dire qu’on y est arrivés. Car « arrivés », nous ne le serons jamais ! C’est notre philosophie.

Photo : © Jean-Marie Vanderzwalmen

SD – Cracks était déjà subjuguant, et Mont Royal se révèle être une pure merveille : pour que la magie opère, l’accent semble désormais porté sur plus de sobriété et de cohérence. Vous arborez une musicalité plus épuréeplus travaillée. Plus électronique aussi. Une architecture tout en mélodies mineures qui étincèlent au soleil, portées par des vocaux suaves, des guitares qui voltigent ici et là, se frottant à des claviers atmosphériques, et une section rythmique plus feutrée. Que de chemin parcouru depuis Cracks… Pourriez-vous développer ?

Toute cette évolution entre ces deux albums est arrivée pour plusieurs raisons : la première était que nous voulions impérativement changer notre manière de travailler. Pour Cracks il nous a fallu trois ans au préalable pour que les maquettes pré produites sonnent exactement comme nous les entendions dans nos esprits. Chaque détail avait son importance, et nous n’avons pas manqué d’être très pointilleux. Au moment de prévoir le deuxième album, la question s’est alors posée : comment faire pour qu’il soit autre ? A la différence de Cracks, nous avons fait le choix de nous mettre une contrainte de temps : huit mois ! Soit, un démarrage en janvier 2014 sans avoir composé un seul morceau…

En six mois, nous avions déjà un peu plus de vingt titres. Luuk Cox est arrivé ensuite, de façon que nous puissions débroussailler le tout… Et douze mois plus tard, l’album était enregistré.

Le secret de ce deuxième opus, c’est finalement de ne pas nous être posé de questions ; seule notre inspiration nous a menés jusqu’à lui. C’est donc un album moins préparé, moins surfait. C’est la différence manifeste entre les deux.

 

ROSCOE : vidéo de « Knives », extrait de « Cracks »  

SD – « Mont Royal » a été réalisé par Luuk Cox, qui a produit Stromae, Girls In Hawaii, My Little Cheap Dicatophone, Shameboy…. Ce n’est tout de même pas de la roupie de singe ! Dans quelle mesure cela vous a-t-il fait revoir votre mode créatif ?

Nous cherchions vraiment un producteur capable de s’impliquer dans l’écriture des morceaux. Arrivé très tôt dans le processus, il a assisté à nos répètes, nous a fait revoir intégralement certains morceaux, et nous a fait partir dans des directions que nous n’aurions pas imaginées.

Il n’a cessé de nous dynamiser, en cherchant à modifier nos acquis. La gueule enfarinée, nous imaginions évidemment tout savoir, comme d’être capables de faire un album. Luuk nous a vite fait comprendre le contraire. A tout le moins, qu’il nous fallait faire comme si nous ne savions rien. Grâce à lui, nous avons complètement revu notre manière de composer, en partant de mélodies guitare-voix pour évoluer vers des arrangements plus complexes. De façon qu’il ne reste à ajouter que quelques petites touches supplémentaires, pour que le rendu final soit plus épuré, et parfait, de notre point de vue.

Auparavant, nous partions d’ambiances déjà très denses, ce qui rendait le placement de la voix plus difficile. Il nous a donc appris à retirer plutôt qu’à ajouter. Le bon dosage en évitant de surcharger de couches sonores. Il a vraiment bien réussi son boulot.

Photo : © Dominique Houcmant

SD – Vos textes sont des lumières dans la nuit, des fragments de vies privées, des histoires de tout le monde, des mots savoureux et des maux d’amour…  Est-ce vous, Pierre, qui écrivez tous les textes ? L’on sait que la dynamique d’un groupe est la manière dont il fonctionne. Quelles sont les interactions qui s’établissent entre vous et comment se prennent les décisions ?

J’écris seul les textes, les autres n’étant pas très intéressés par l’écriture. Etant le chanteur, il m’est plus aisé de trouver des mélodies qui me correspondent. Au niveau des décisions, nous faisons bloc. Tout se décide à cinq en totale démocratie. Pas de leader, chacun sa spécificité. Je me charge des interviews et de l’aspect plus visuel des choses. Les autres membres amènent également leur pierre à l’édifice.

Nous sommes trois à nous connaître depuis l’enfance : Pierre Minet (guitare), Luc Goessens (basse) et moi-même. Ensuite notre batteur, Ben Bovy, nous a rejoints. Le dernier venu est Manu Delcourt, notre claviériste, parisien vivant en Belgique depuis trois ans, arrivé à point nommé, au moment où notre précédent claviériste s’en allait vivre au Québec.

SD – A l’ombre d’un répertoire traditionnel, vous vous échappez vers une musique peuplée d’harmonies protéiformes, riches, inspirées, habitées, dont les influences semblent puiser dans le terreau de The National, My Morning Jacket… On note aussi des réminiscences de sonorités empruntées à Sigur Ros… Sont-ce là vos réelles influences ? Quels sont vos maîtres à penser ?

Tout ce que tu cites fait partie de nos influences en effet.

L’on nous parle assez souvent de The Nationals, depuis le premier album, ce qui est probablement dû au timbre de ma voix. Un groupe que nous n’écoutions pas à l’époque et que nous avons découvert au fur et à mesure, tant nous y avons été comparés… My morning Jackets, j’écoute et apprécie depuis très longtemps. Quant à Sigur Rós, c’est l’un de ces rares groupes qui nous rassemble vraiment tous les cinq, tandis que nos backgrounds musicaux sont très différents. Notre bassiste est plutôt hip hop, et notre claviériste, musicologue à la Sorbonne, a obtenu un premier prix de conservatoire en piano, ce qui est très précieux pour les arrangements. Un background très classique donc, voire classique rock 60’s et 70’s. Quant à nous trois, fans d’Archive de la première époque, nous baignons davantage dans le post-rock et le rock atmosphérique…

ROSCOE : vidéo de « Nights », extrait de « Mont Royal »

SD – Originairement, vous nous avez confié ne pas être très attirés par la scène… Depuis, vous avez manifestement pris plaisir à goûter à cette idée… Quel bien-être en éprouvez-vous aujourd’hui, et comment voyez-vous les quelques années à venir ?

Depuis cette dernière tournée, nous sommes clairement plus orientés live, et y prenons plaisir. Ce qui n’était pas le cas lors de l’enregistrement de Cracks, créé dans notre cave sans avoir été pensé pour le live un seul instant. Nous avons eu la chance de signer avec un label, et l’album a tellement bien marché qu’il nous a été demandé de le défendre sur scène. L’étape fut donc laborieuse de le rendre accessible à celle-ci.

Mont Royal a davantage été réfléchi pour une ouverture live. En connaissance de cause, nous voulions qu’il rende bien sur scène. Ce fut d’ailleurs le cas dès la première répète : un vrai bonheur à mettre en scène, et quel pied ! Ce sera d’autant plus le cas pour le prochain album. L’objectif est dès lors d’être un groupe de scène avant d’être un groupe de studio.

Photo : © Jean-Marie Vanderzwalmen

SD – Auriez-vous l’un ou l’autre scoop à nous dévoiler ? Des dates de concert, un troisième album peut-être ?

La décision de nous lancer dans la compo d’un troisième album vient d’être prise. C’est tout frais de la semaine dernière. Lequel sera encore tout différent des deux précédents. On s’ennuie assez vite, et pour éviter cela, nous allons opter pour une musique plus énergique, et plus dense encore, avec un peu plus de tension…. On verra. 🙂

Au niveau concerts, on peut vous confirmer notre présence aux Francofolies le 21 juillet, à 20h, et le 8 août au Brussels Summer Festival cet été, à la Madeleine…

ROSCOE : vidéo de « Enemies », extrait de « Cracks » 

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