Cultiver l’espoir que le monde avance, et pas forcément vers le pire

Une interview de Nicolas Michaux n’a rien d’anodin : c’est comme une interruption lumineuse dans nos vies ordinaires, qui nous ramène vers la pleine clarté de nos consciences du monde qui nous entoure : son environnement, ses cultures… Cette société dans laquelle nous vivons…

Le chanteur nous appelle à une conception plus large de notre vision du monde, en pointant du doigt nos essentiels qui se délitent : la survie de notre espèce, la solidarité…

Or, il n’est pas pessimiste : « Il va nous falloir prendre des mesures parce que la planète nous y astreint ». En mettant bout à bout nos desseins positifs et concrets, l’on voit déjà poindre ce qui pourrait être le monde de demain. C’est un peu cela l’idée…

Son dialogue nous incite à penser que la pente n’est pas si fatale, et qu’une aspiration rationnelle à la démocratie est encore possible. Comme un revirement sauveur, un sursaut de l’opinion, une brusque massive résistance des peuples…

Il ne se targue pas d’être plus érudit ou plus savant qu’un autre en la matière. Simplement, il s’exprime sur ce qui le touche et le fait se questionner ici-bas, comme un homme qui vit mieux aujourd’hui, parce qu’il pense mieux, en tout cas qui essaye. Tel un amant de la sagesse, lucide et intelligent, en se servant de sa raison pour essayer de penser le monde et sa propre vie, et en tirant de ses expériences, de ses voyages notamment, un surcroît de lumière et de force afin d’avancer pour approcher un bonheur commun.

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Pour une vision poétique du monde

Etre prompt à se prendre d’admiration pour tout qui résiste à l’inexorable, en cultivant l’espoir que le monde avance, et pas forcément vers le pire. C’est ce qui transparait dans ses chansons… Cette forme d’idéalisme envers et contre tout qui supplante une certaine nostalgie de l’espèce, qui l’ébranle souvent : certes « les îles désertes n’existent plus, chaque centimètre, millimètre est peuplé de choses délirantes…», puisque tant de marées noires en Chine et ailleurs font des ravages environnementaux, comme une industrialisation sans précédent d’espaces naturels, mais : « Alors que tout a été détruit, renaissent des printemps. Rien ne me touche plus que d’aller sur un terril et de constater que repousse de la végétation sur les anciennes scories, et que des oiseaux rares viennent nicher… » nous confie Nico.

« Comment danser sur une décharge ? Il est là le challenge des générations à venir. »

Et reconstruire sur des bunkers ? Qu’à cela ne tienne…

« Nouveau départ », « Croire en ma chance », « Le ciel », sont autant de pépites extraites de son premier album dix titres, enfin sorti ce huit avril, après quatre années d’intense création. De vrais messages d’espoir !

En français comme en anglais, ses chansons tentent de restituer les insaisissables désirs qui occupent les esprits de nos contemporains. Elles esquissent le pas de nos interrogations, de nos espoirs et de nos craintes, liés à notre société, mais aussi à des choses plus personnelles comme l’amour et la passion.

Elles sont aussi cette forme d’activisme, comme du temps d’Eté 67, du fait même que la musique exerce un impact sur la pensée des gens, en les menant vers des valeurs hippies, de fraternité et de compréhension mutuelle.

Son dernier clip, « Croire en ma chance » vient également d’être révélé sur la toile. La vidéo, pour le moins cocasse, et dont la quantité d’humour décalé n’est pas négligeable, a été produite par Simon Vanrie et Marine Dricot.

L’artiste se produira dans deux jours à l’occasion du Printemps de Bourges au Théâtre Jacques Cœur, et ce 15 avril au Botanique.

SD – Nicolas, bonjour !

Si vous deviez vous décrire par quelques phrases singulières, quelles seraient-elles ?

Bonjour Valérie,

L’exercice est toujours difficile… Avant tout, je dirais que j’ai la démarche d’un artisan par rapport à la musique que j’essaie de créer et la notion de travail qu’elle implique, jusqu’à obtenir un « objet » final qui me plaît et, qui je l’espère, plaira à d’autres.

D’une part, je me vois donc comme un homme au travail, et d’autre part, comme un homme au milieu d’une société, d’un collectif, toujours réactif et n’hésitant jamais à se nourrir de ce qu’il voit et rencontre dans le monde d’aujourd’hui pour le mettre en application. En l’occurrence en musique.

SD – « A la vie, à la mort », titre de votre premier album qui vient de sortir, éponyme de l’une de vos chansons, prête à réflexion philosophique. Pourriez-vous développer ?

Hé… « A la vie à la mort », c’est une sorte d’engagement assez proche de thématiques que l’on retrouve dans d’autres morceaux : Barbara disait que quand on aime d’amour, c’est avec jamais et toujours… Pas de demi-mesures possibles donc !  On fait les choses à fond. C’est un peu l’idée…

Le parallèle avec mon album est évident. J’y ai tout donné de moi, « à la vie », quatre années durant, en ne lâchant strictement rien, en n’épargnant aucun effort ou exigence pour y parvenir. Cela résume donc à la fois le processus et les thèmes de l’album qui sont assez absolus. Avec cette forme d’ironie de la chanson qui rappelle que nous sommes toujours là à nous réinventer, comme dans « Nouveau départ ». On rêve toujours de ce nouveau départ même si c’est encore et toujours illusoire voire déplacé. Et « à la mort » parce que mes découragements passagers, et mes longues nuits d’errance et de doutes sur mon travail, jusqu’à me réveiller un matin avec la niaque, en me disant que tout est à nouveau possible.

SD – En fonction de vos humeurs, ou des thèmes de vos chansons, l’on a parfois l’impression que vous nous emmenez en des univers musicaux plutôt variés, qui font le grand écart entre ballades pop légères, voire d’une naïveté charmante, et autres morceaux plus barrés… Entre « Un imposteur » et « A la vie à la mort » par exemple….

En effet. C’est-à-dire que Julien Rauïs (qui a produit l’album) et moi-même, avons revu notre travail comme la possibilité de créer une nouvelle soupe, en combinant des choses qui ne s’étaient pas encore rencontrées jusque-là. Les ingrédients sont connus mais c’est le mélange qui est différent. A dire vrai, le style musical importe assez peu. Ce qui prime, c’est que les arrangements, bien que dictés par une volonté esthétique, et guidés par certaines influences musicales, conviennent aux chansons. « Les îles désertes » par exemple, a commencé comme une ballade folk acoustique pour aboutir à une version de huit minutes à la fois saoul et gainsbourienne. Nous sommes restés ouverts aux accidents.

SD -« Nouveau Départ » est une ballade introspective qui nous fait voyager.  C’est assez solaire, mais le texte fait néanmoins surgir une certaine ironie à la fois joyeuse et mélancolique. Je cite : « But we keep dancing on the wasteland, dreaming of a new start, dreaming of a new start ». L’envie de rallumer les étoiles est manifeste, nonobstant une réalité souvent cruelle… C’est comme « danser sur les décombres » dans votre chanson « Avec vous… »

Il y a en effet cette idée que le monde dans lequel nous vivons n’est pas rose, même de moins en moins. Malgré cela, nous allons continuer à vivre, à sortir, à se rencontrer, à aimer, à danser et à faire de la musique. Laquelle, d’une certaine façon, ressemble de plus en plus à de l’activisme, par la pensée même de se dire qu’elle peut avoir un impact sur la vie des gens et les mener vers des valeurs hippies, de fraternité et de compréhension mutuelle. « Dancing on the wasteland !» Même quand tout a été détruit, reviendra le temps des renouveaux et des renaissances. Rien ne me touche plus que d’aller sur un terril et de constater qu’y repousse de la végétation sur les anciennes scories, et que des oiseaux rares viennent nicher… Comment danser sur une décharge ? Il est là le challenge des générations à venir.

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SD – Justement, ce sont des chansons très à propos…. Je songe aux attentats du 22 mars, ainsi qu’aux précédents. Cette liberté dont vous parlez serait-elle en péril ?

La liberté est en péril de tout temps et partout. Le danger est que les forces de l’extrême droite, comme les médias généralistes, nous invitent à nous barricader chez nous, et nous persuadent de ne plus nous rassembler, de regarder TF1, et de faire confiance en notre bon 1er ministre. 🙂 Il va falloir nous insurger et continuer de former une société, repenser les choses malgré les oppositions qui ne manqueront pas. La situation est terrible mais je pense qu’avant 2008 et la  crise des subprimes le monde était encore plus déprimant, car la politisation de gens comme nous était bien moindre. Un espoir renaît en observant mon fil d’actualités sur Facebook, où des internautes qui ne s’intéressaient pas à notre société, réalisent aujourd’hui que tant de choses ne vont pas, et se manifestent. Ca flaire bon la nouvelle génération, je reste confiant et espère que des crises que nous traversons, environnementales et économiques, et de la guerre qui s’invite, émergeront des prises de consciences que nous sommes allés trop loin en termes de déni de la vie, de l’égalité et du vivre ensemble. Ce sera peut-être l’étape nécessaire avant un sursaut démocratique.

SD – Flash back sur« Sew up your mouth », où l’on vous retrouve un peu comme à l’époque d’Eté 67. C’est bien plus engagé, plus politique encore… C’est sans détour ! Un petit coup de gueule ?

Oui ! C’est clairement la chanson du répertoire la plus vindicative. Suis un fervent admirateur de Neil Young, capable de faire des balades country amoureuses ou en rapport avec la nature, et dans le même temps, de faire des tournées anti George W. Bush, très engagées. Les deux aspects sont complémentaires.

SD – Eté 67 puisait ses sources dans des courants musicaux tels que Noir Désir, les premiers  REM, Mano Negra, Louise Attaque, Fersen, Higelin, et vous voilà paré pour ce nouveau départ faisant écho à de nouvelles influences à forts relents seventies. Par exemple Yves Simon ? Quelles sont-elles selon vous ?

Yves Simon, en effet on m’en parle assez souvent….

J’ai découvert pas mal de choses après le groupe. J’ai marqué de longues pauses pour me remettre à lire notamment, redécouvrir les Beatles avec une oreille tout autre.  Mes influences de base sont les sixties : les Kinks, les Who, les Beatles, les Doors, Dylan… Et dans ce cas, c’est en effet davantage une couleur musicale, comme une texture du son seventies qui sont recherchées. La période Gainsbourg et ses batteries chaudes, et bien plus tard dans les eighties, les Talking heads et Tom Tom club…

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SD – Entre Eté 67 et votre carrière solo, vous avez vogué à l’aventure, du Congo au Danemark, du Canada à l’Italie. Voyager au bout du monde, c’est comme un voyage au bout de soi, dit-on. Ce périple fut-il également un cheminement personnel et une exploration intérieure ?

Plus que jamais. Ce fut une façon de me chercher, après toutes ces années d’Eté 67 où j’ai tout donné de ma personnalité. Me retrouver comme une entité, comme un individu, et non comme le groupe, était devenu un impératif vital. Du coup, je suis parti en exploration, notamment à Kinshasa, où j’ai fait de belles rencontres, dont certaines ont participé à l’album. J’ai pris du temps pour moi, et me suis par exemple intéressé au yoga et à l’ayurvéda. J’ai fait de saines lectures sur la musique, me suis promené quotidiennement le long des plages du Danemark. Tant de choses salvatrices mises bout à bout qui m’ont permis de retrouver un certain équilibre, et le plaisir de faire de la musique comme à l’origine du groupe, le bonheur de « chipoter » comme on dit, et de voir des choses se créer, des agencements, ces petits plaisirs simples que j’avais relativement perdus à la fin du groupe.

 

SD – Ainsi voguent et vaguent vos pensées, qui ne peuvent s’astreindre à tenir une seule route…

Vous êtes le plus souvent engagé dans les problèmes de votre temps, mais d’autres chansons ont une inspiration plus personnelle, comme « Un imposteur », qu’il est bon d’écouter révérencieusement. Cette chanson, est-ce une manière de sublimer une séparation douloureuse ? On y ressent une assurance teintée d’incertitude.

Oui, la fin d’une aventure et surtout le début d’une autre. Une période de ma vie où beaucoup de sentiments s’entremêlaient… Je vois cette chanson comme les prémisses d’un état amoureux. Mais comme je n’aime pas les choses toutes noires ou toutes blanches, j’y mets quelque chose de vague et de clair-obscur. Même dans cette chanson assez solaire de l’album, y a des choses un peu plus dures…

SD – « Faites le bien, par petits bouts, là où vous êtes ; car ce sont tous ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde. » Desmond Tutu.   Cet adage vous parle ?

Oui, c’est très sage. Ce n’est pas sans rappeler les philosophies orientales et celle de Kant.

Cela pose question : la meilleure façon de lutter et d’améliorer les choses, c’est de commencer par faire un travail sur soi-même pour être meilleur soi-même.

Interagir avec les autres : « Suis-je constamment en dispute avec autrui ou mes relations sont-elles au contraire plutôt pacifiques ? » Ce sont des indices. Entre Che Guevara et Gandhi mon cœur balance…

Au milieu des malheurs et injustices, toujours grandissants, la question se pose : cultiver son jardin bio tout seul chez soi, et de petits actes pour changer le monde (je songe au film « Demain ») sera-t-il suffisant face aux pouvoirs qui jouent avec des armes de plus en plus dangereuses ? Cette majorité silencieuse que nous sommes devra-t-elle sortir dans la rue et se révolter ? Comment imaginer combattre le mal avec le bien ? Il nous faudra probablement reprendre une partie de la souveraineté qui nous été confisquée.

J’ai un peu de mal à imaginer que des changements profonds et bénéfiques seront les bienvenus auprès de la classe dirigeante.

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SD – Vos maîtres à penser ?

Georges Harrison, le guitariste des Beatles, qui a fait une carrière solo… Il s’est profondément immergé dans la philosophie et la musique indienne. Une source de sagesse qu’il véhicule dans ses interviews et chansons… Stanley Brinks (Herman Dune), très productif, à l’écart du show-business. Il a quitté la musique business pour lancer son propre label familial avec sa compagne. C’est tout à fait remarquable en termes d’expérience microéconomique liée à la musique.

Je suis également touché par des penseurs plus politiques comme Alain Badiou, philosophe, et Frédéric Lordon, économiste et sociologue français. J’étais naïf et le suis un peu moins grâce à eux.

De même, je me rends encore assez régulièrement en Italie, où nombre de gens vivent en bonne intelligence avec la nature, en produisant du miel, de l’huile d’olive. Je suis toujours admiratif de ces êtres qui interagissent avec le monde et leur environnement.

SD – Votre album « A la vie à la mort », après un EP qui a vu le jour il y a une demi-année, vient de sortir ce 8 avril.

Pourriez-vous nous en toucher quelques mots ?

C’est une collection de dix morceaux que j’ai voulue proche de ce que j’ai vécu et vu durant ces quatre années. Mes premières inspirations me sont venues au Danemark, puis à mon retour à Bruxelles, j’ai travaillé avec Julien Rauïs qui m’a aidé à produire le disque. Ce n’est pas un concept, ou une idée qui m’est venue à l’avance. Les musiciens et moi nous sommes créés des conditions propices à l’éveil de la musique et de véritables moments de vie : pas de studio, ni contraintes de temps, toujours dans les appartements ou les maisons des amis, pour y partager un repas et quelques bières… C’est un album avec des vertus documentaires, une sorte de best of des souvenirs de ces quatre ans passés avec des musiciens qui m’ont gentiment accompagné dans cette aventure. Je remercie d’ailleurs Morgan Vigilante, Ted Clark, Clément Nourry, et Rodriguez Vangama qui ont contribué à ce que ma musique trouve son chemin vers l’album.

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