Dans le paysage de la chanson française belge, il existe encore de vraies belles plumes et de belles paroles qui courent avec égale facilité.

En ce monde où l’imaginaire prédominant est devenu anglo-saxon, notre belle langue connaît des heures de grand doute… Ne nous voilons plus la face : elle se perd, se délite, à coups d’anglicismes et de franglais de plus en plus fréquents… On note un relâchement verbal, une nonchalance généralisée…

So what ? Nous faudrait-il reconnaître humblement notre position d’outsider, et ne plus rien tenter pour lui redonner ses lettres de noblesse ?

Heureusement, non ! Car dans le paysage de la chanson française, en nos contrées notamment, il existe encore de vraies belles plumes et de belles paroles qui courent avec égale facilité. C’est le cas de La Cécité des amoureux, groupe originaire de Liège, la ville la plus française de Belgique, dit-on ?

A belles plumes, beau chant ! Celui de Jeff Bertemes (le chanteur du groupe) qui fait naître dans nos esprits des images de troubadour et de fin ‘Amor. La courtoisie y est de mise, comme la majesté du geste et de la parole, la noblesse des sentiments, et surtout la primauté de l’amour !

Aux côtés de ce chanteur-narrateur-crooner, auteur-interprète, quatre musiciens, dont l’originalité s’épanouit sans effort, malaxent de façon très personnelle une musique qui a le souci du détail et de l’accord subtil : Kevin Mahé aux Percussions, Noëlle Elisabeth Grégoire aux claviers, et Julien Hockers à la guitare… Vient enrichir ce tableau, pour que la délectation soit sans bornes, Jean Debry à la contrebasse

Voilà un groupe qui rassemble ses forces vives pour véhiculer une image insolite, comme de méditer sur son pouvoir de figuration et de fournir de nouvelles propositions artistiques autant qu’esthétiques. Il crée un univers complexe, où les mots sont rois, où le français, comme aux bonheurs des autrefois, nous emporte dans ses tours de langage jusqu’à la singularité, et jusqu’à l’audace « jetée comme un pont hardi entre deux rives de douceur ». Merci Proust, on ne pourrait mieux l’exprimer…

Le tout mis en spectacle produit une atmosphère de théâtre intimiste avec le public, où poésie et mystère se confondent plaisamment dans une mosaïque de visions hétérogènes des thèmes les plus appréciés des textes du groupe…

Dans le cadre du Festival Les Parlantes, La Cécité des Amoureux, après plus d’une année et demi d’absence, a présenté en avant-première les titres de son prochain album, au Reflektor à Liège ce 9 mars dernier.

Elle était également présente ce 12 mars lors de la 5e édition des franco Sillies, aux côtés de Saule…

Quant à la suite, mystère à nouveau ! On n’en saura pas plus… Sinon que le premier opus de la bande sortira à l’orée de l’automne… « L’ivresse ni l’amour ne se peuvent cacher » : nous sommes impatients !

Merci à Jeff Bertemes et à Julien Hockers d’avoir répondu aux questions de Sounding, avec l’humour et l’éloquence bien agréables qui les caractérisent.

Photo : © François-Xavier Cardon

SD – La Cécité, bonjour !

Seriez-vous de ceux qui font descendre la poésie dans la rue pour y faire danser les mots et enfiévrer votre public ?

Certains se chargent bien mieux que nous de cette mission. Nous tentons plutôt d’amener la chanson française à regagner ses lettres de noblesse dans le cœur du public.

SD – Amoureux et aveugles, peut-être ! Mais votre regard sur les mots est on ne peut plus éclairé. Il est en effet vraiment rare que des voix, telle la vôtre, s’élèvent pour défendre notre langue en la cultivant avec autant d’amour….

À vrai dire, ce constat ne nous apparaît pas comme étant rare. Énormément d’artistes que nous apprécions cultivent également cet amour. Si La Cécité des Amoureux peut devenir vecteur de découvertes, notre pari sera gagné puisque nous ne sommes en définitive que l’aboutissement d’une longue tradition…

SD – Prétendre combattre l’anglais pour redonner sa place d’antan au français serait-il illusoire et présomptueux ?

Il n’est nullement question de combattre la langue anglaise ou quelque langue que ce soit. Nous défendons uniquement le droit à la diversité tout en nous méfiant d’une tendance certaine à l’uniformité. Nous aimons plus que tout le travail d’artistes ou de groupes belges comme Balthazar, Mustii, Roscoe ou encore Nicola Testa.

We are rainbows.

Photo : © François-Xavier Cardon

SD – Vous viendrait-il l’envie de vous comporter en vierges effarouchées face aux anglicismes qui colonisent notre quotidien ?

La Cécité des Amoureux ne peut, par définition, se comporter en vierge effarouchée. Il faut s’essayer à l’amour pour pouvoir en parler.

Néanmoins, certains anglicismes flirtent parfois dangereusement avec le ridicule. Le monde de la publicité, par exemple, est passé maître dans cet exercice.

La langue anglaise est magnifique, complexe et nuancée. La réduire à une utilisation aussi creuse nous semble tout à fait dommageable.

SD – Votre quête des mots dépasse-t-elle la volonté de conquérir les foules ?

Notre public restera toujours une priorité. Nous avons cependant conscience combien le fait d’exprimer ouvertement que nous aimons les personnes qui nous suivent peut paraître consensuel. Notre musique nous pousse pourtant à rencontrer des personnes aussi intéressées qu’intéressantes. Cette relation de confiance nous pousse, au quotidien, à avancer. 

SD – Le moins que l’on puisse dire, c’est que vos chansons sont l’imbrication parfaite du fond et de la forme. C’est un tout cohérent où le texte n’existe pas au détriment de la musique…… Jeff en est l’auteur-interprète, et Julien le compositeur principal. Serait-ce cette connivence-amitié le moteur et le secret de cette subtile alchimie ?

Vos mots nous touchent également.

Noëlle, notre claviériste, s’avère être également compositrice du groupe. Nous n’avons cependant d’autres choix que de répondre de manière détournée à votre interrogation. Oui, l’amitié nous lie. Au-delà du groupe. Si tel est le secret de l’alchimie que vous pointez du doigt, disons que cela pourrait être un élément de réponse.

 

La Cécité des Amoureux – Clip vidéo de « Chambre 24 »

SD – Comment l’inspiration s’empare-t-elle de vos chansons ?

L’inspiration est un véritable mystère. Nous ne pouvons donc apporter de réponses précises à cette interrogation. Toutefois, se plonger dans le travail d’autres artistes, qu’importe la discipline, est, encore une fois, un élément de réponse possible.

SD – Fatalité, mélancolie et mystère en vers et contre tout ? 🙂

Nous refusons la fatalité, acceptons la mélancolie et préférons la pudeur au mystère.

SD – « Si l’amour est aveugle, sa flèche ne saurait atteindre le but », a écrit William Shakespeare

Cet adage vous parle-t-il ? Y voyez-vous un lien avec le choix de votre nom de groupe, comme de vos textes ? 

Que William nous pardonne, cet adage n’a aucun lien direct avec le choix de notre dénomination.

SD – L’on sait que la dynamique d’un groupe est la manière dont il fonctionne. Quelles sont les interactions qui s’établissent entre vous et comment se prennent les décisions ?

Nous échangeons énormément et prenons les décisions en groupe. Nous sommes néanmoins entourés d’une équipe de confiance qui nous guide au quotidien.

SD – Chaque coterie a son fétiche… Certes vous en déviez souvent mais l’on note un « je ne sais quoi » des Négresses Vertes, de Barbara, de Greco… L’on vous a notamment entendu citer les noms de Marie Laforet, Pierre Lapointe…. Sont-ce là vos profondes influences ?

Concernant le domaine musical, très certainement. Le cinéma de réalisateurs comme Lars Von Trier, Xavier Dolan ou encore Fellini en sont autant d’autres.

Les Negresses Vertes : Zobi La Mouche

 

SD – Maintenant que l’on connaît vos fétiches, qu’en est-il de vos amulettes, gris-gris, et talismans ? Les plumes d’indien qui couronnent de fois à autre la tête de Julien auraient-elles des vertus magiques ?

Julien : les membres de La Cécité des Amoureux font certes quelques fois preuve de superstitions, mais je leur ai déjà déconseillé de s’en remettre à ma coiffe d’indien, dont le poids est déjà fort conséquent. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’en suis récemment séparé.

Mais nul besoin de grigri au sein de LCDA pour que la magie opère. 🙂

SD – Voilà plus d’un an et demi que vous n’avez plus joué à Liège, or, ce 9 mars au Reflektor, l’occasion était favorable pour offrir à votre public liégeois, les titres de votre prochain album.

Comment avez-vous vécu cette révélation ?

Comme deux amants se retrouvant après un an et demi de séparation. Nous vous laissons imaginer la suite…

SD – La sortie de ce premier album est prévue pour l’automne, des concerts aussi…. L’on vous sait relativement secrets, à ne dévoiler que peu à peu vos batteries… Accepteriez-vous pour l’occasion d’en faire ouvertement état ? 🙂

L’heure n’est pas encore venue.

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Photo : © François-Xavier Cardon