« En regardant le public qui me rend toujours aussi fidèlement mes sourires, je réalise que cela fait presque 25 ans que nous sommes là, et que ma place est plus que jamais sur cette scène… »  Sarah Bettens

K’s choice sur scène, c’est une joie quasi animale, un plaisir d’offrir et de recevoir… Chaque son sortant de leurs bouches, comme de leurs instruments, semble sortir de leurs cœurs et de leurs tripes… Tout est là pour toucher le public, conquis par la joie d’être exhorté à chanter sur l’indémodable « Not an addict », entre autres merveilles d’un répertoire que notre quintet américano-belge nous révèle aujourd’hui telle la définition même du rock’n roll, renforcée par les riffs de guitare des plus exaltants de Tom Lodewyckx. C’est une prestation à couper le souffle, qu’un truc puisse être aussi simplement efficace et aussi magistral !

La fratrie Bettens n’est plus à présenter. En plus d’être cette puissance vocale vaporeuse où brûle une flamme qui ne laisse quiconque indifférent, celle de Sarah, qui ondule au rythme du cœur du frangin, Gert, dont les doigts font vibrer les cordes, tantôt avec finesse, tantôt avec impétuosité, ce sont aussi, et surtout, ces entrelacs harmoniques finement œuvrés qui nous invitent à partager une complicité de toujours qui n’opère, au grand jamais, en vase clos.

Reconnaissons-lui un vrai savoir-faire. 22 ans déjà… et 7 albums… Une route, loin d’être rectiligne, avec un paysage à nul autre pareil, d’où surgissent toutes les fulgurances musicales, entre volutes post grunge, pop, intimistes folk et rock alternatif, qu’on ne se lasse jamais d’écouter, au dernier virage plus rock qu’il ne l’a jamais été, avec The Phantom Cowboy, son dernier opus sorti en 2015. Pas une galéjade, mais un vrai défi, puisque ce dernier a été enregistré en une semaine, avec, comme unique leitmotiv, que ça sonne rock et que ça sonne live !

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Petit regard en arrière sur le chemin parcouru

Depuis leurs premières amours, The Great Subconscious Club et Paradise in me, en 1994 et 1996, tous deux orchestrés par Jean Blaute (Clouseau, etc.), frère et sœur Bettens n’ont eu de cesse d’affiner leurs talents au fil de leurs inspirations créatrices. Une troisième carte très audacieuse, celle de Cocoon Crash en 1998, produit par Gil Norton, aux sonorités pop-rock bien balancées, et plus nerveuses que ses prédécesseurs, témoigne de ses riches influences telles que Pixies, Foo Fighters et autres Counting Crows… Nous arrive ensuite Almost Happy, en 2000, se soumettant sans murmure aux délices plus acoustiques et intimistes de mélodies aussi soyeuses que délicates, insufflées par Bird & Bush (Stereophonics,…) aux accents folk lui conférant une touche très intemporelle…
Cinq albums (dont un live en 2002), et le vent en poupe, or le groupe décide de marquer une pause de huit années, que l’on imagine néanmoins salvatrice, à l’écoute du lumineux Echo Mountain – qui marque son grand retour en 2010 – et quand on voit le nombre de projets annexes qui ont vu le jour dans l’entre-temps : les albums solo de Sarah, et ceux de Gert, avec son groupe Woodface…
K’s Choice n’attend pas une année pour enchaîner avec Little Echoes, en 2011, un album truffé de réarrangements, et relativement inédit, compte tenu de son filtre acoustique (guitare, tambourin, clavier, harmonica), et des quatre reprises (Radiohead, Damian Rice, The Pointer Sisters et Split Enz)…
Pour les futures compositions, Waving At The Sun, en 2013, par Bettens (mêmes interprètes, mêmes instruments, mais viscéralement pas la même énergie), d’une tonalité plus sombre et dénudée, les sources d’inspirations premières sont à chercher derechef dans la sphère acoustique, cette fois dans le contexte d’un documentaire appelé « Beyond the challenge », le temps d’une épopée en Antarctique…

Retour aux States, terre familière à notre duo – sur les traces du rock, le vrai, le pur et le dur, celui de Nashville, de Tucson ou encore de la West Coast – qui n’a pas manqué, en si bon chemin, de s’entourer de solides musiciens, pour l’enregistrement de The Phantom Cowboy, produit par Alain Johannes. Un album comme on les aime, avec un aspect humain prédominant, celui qui fait vivre la musique. Ce dernier ouvrage chante et joue le désir de s’unir, et de se faire plaisir, simplement, musicalement. Le pont semble jeté une fois pour toutes avec le rock and roll ! De quoi jubiler, vraiment !

Sounding a rencontré Sarah et Gert en leur fief, non loin des rives de l’Escaut, à l’aube d’une tournée acoustique qui débutera le 7 novembre (cf. dates plus bas), plus que jamais ragaillardis par quelques choeurs enchantants. 🙂
Une interview marquée au double sceau de la bonne musique et de la bonne humeur.
Merci à sœur et frère Bettens pour leurs belles répliques qui font mouche. 🙂

Interview de K’s Choice – VO sous-titrée FR.

SD : Hello Sarah and Gert,
Sommes enchantés de vous rencontrer enfin. 🙂
S + G : Merci !

SD : A propos de votre nom, K’s Choice. A l’origine, vous vous appeliez Choice, et vous avez ajouté le K plus tard. C’est encore un mystère pour nous, car il existe 2 versions pour expliquer ce choix…

S : En fait, il y a 20 versions ! 🙂

SD : Vraiment ? Votre page Wikipedia dit qu’il s’agit d’un choix arbitraire, mais nous préférons l’autre version, à savoir qu’il s’agit d’une référence à Kafka. En particulier à son roman « Le procès », qui raconte l’histoire de Joseph K, un écrivain de Prague. Si ça vient de là, nous aimerions savoir comment Kafka a été une source d’inspiration dans votre décision de faire du rock…

G : Cette version avec Kafka date d’il y a longtemps ; nous voulions avoir quelque chose d’intéressant à dire au sujet de notre nom quand on nous posait la question, mais en fait le choix fut arbitraire…

S : En fait les deux versions sont vraies. Nous avions besoin d’une raison pour ce K afin de répondre quelque chose en interview, mais du coup on a commencé à nous poser des questions très précises sur Kafka, auxquelles nous ne pouvions pas répondre, on se disait «Nous ne sommes pas si intelligents !». Alors nous avons arrêté de dire que ça venait de Joseph K.
Nous avons ajouté le K en raison d’un autre groupe qui portait le même nom. Nous voulions garder « Choice » parce que nous avions déjà joué en France et aux Pays-Bas, et il était important de garder un nom reconnaissable. Le K est venu en parcourant l’alphabet, parce qu’il sonnait mieux que les autres lettres.

SD : C’est donc la version Wikipedia qui l’emporte. Avez-vous quand même lu le roman ?
S : Oh que oui, nous l’avons lu !

SD : Ce soir, Anvers, vous êtes donc chez vous. Les réminiscences de The Basement Plugs, votre premier groupe, ne vous rendent-elles pas trop mélancoliques ? 🙂

S : C’est drôle, en rentrant en Belgique j’ai réécouté de vieilles cassettes dont j’avais oublié l’existence, et je ne sais toujours pas si je vais les emmener ou les jeter. Il y en a une des Basement Plugs à laquelle je n’avais plus pensé depuis longtemps.
Alors oui, Anvers c’est chez nous, ce sera toujours le premier endroit où nous avons joué, où nous avons vécu, où nos parents viennent nous voir en concert… Nous avons beaucoup de souvenirs de famille ici, donc oui, ce sera toujours spécial de jouer ici. Mais je ne ressens pas beaucoup de nostalgie pour les Basement Plugs, nous étions très mauvais à l’époque. 😉

SD : A propos de cette évolution, faisons rêver les groupes qui aspirent à faire carrière : quelle est la différence entre un concert des Basement Plugs à l’époque, et un show de K’s Choice aujourd’hui ? Par exemple, vous avez un badge « All access » maintenant…

S : Peu de choses ont changé, pour ce qui est des concerts. Récemment j’ai entendu Dave Grohl dire un truc étonnant dans une interview. Il raconte qu’on lui demande constamment comment faire carrière à notre époque, où tout a changé, où de super groupes n’ont pas le succès qu’ils méritent. Il se disait convaincu que si vous êtes vraiment bon – à savoir, si vous avez un super groupe, des super chansons et que vous jouez super bien en live – tout ce que vous avez à faire est de monter sur scène, et les gens viendront vous voir. J’avais besoin d’entendre ça, on s’est aussi toujours posé la question. Aujourd’hui, les gens écoutent de la techno, du rap, du hip hop… Comment trouver notre propre créneau ? Au final, tout ce qu’on peut faire c’est être bon, faire de bons albums, de bonnes chansons, et le public sera au rendez-vous. Peut-être moins nombreux, parce que les jeunes écoutent d’autres types de musique, mais si vous êtes vraiment bon, les gens viendront vous voir en live. C’était merveilleux d’entendre ça.

SD : Avez-vous changé quelque chose sur la façon dont vous vous produisez en concert ? Faites-vous particulièrement attention à votre jeu de scène, par exemple ?

G : Aujourd’hui nous faisons attention à un tas de choses dont nous n’étions pas conscients quand nous avons commencé. Avant, on répétait quelques chansons, et on montait sur scène. Maintenant nous pensons à beaucoup de choses ; la principale différence réside dans l’expérience acquise ces vingt dernières années, qui je l’espère améliore encore nos concerts. Le feeling est toujours le même, peut-être étions-nous un peu plus nerveux au début, et la grande différence est que nous sommes plus professionnels maintenant. Mais la passion n’a jamais changé.

K’s Choice – Vidéo : Not An Addict

SD : A l’évidence, la musique a toujours été votre moteur, du post-grunge au folk rock, en passant par le rock pur et dur, vous n’avez pour ainsi dire jamais arrêté… La musique, serait-elle, selon vous, ce flux vital sans lequel ce serait la désolation ? Pourriez-vous imaginer votre vie sans elle ?

S : Il est vraiment difficile d’imaginer la vie sans musique parce qu’elle représente toute notre vie d’adultes. Elle est un élément qui détermine tant nos personnalités, les choses que nous avons vues dans nos vies, les événements que nous avons vécus… Nous avions 20 ans, notre vie d’adulte ce n’est que la musique. Il y a beaucoup de choses à part elle qui sont très importantes et qui n’ont rien à voir avec elle, mais il m’est impossible d’imaginer ce que ma vie aurait été sans musique. Même quand je suis un peu moins enthousiaste vis-à-vis de quelque chose qui m’emballait la veille, c’est toujours apaisant d’avoir une guitare, même seule à la maison, et de jouer une chanson. Rien que parcourir les chansons juste avant un concert comme ce soir, ça apporte de la sérénité, c’est ça que je suis censée faire de ma vie. Et souvent quand je vois le public et que je me dis que ça fait presque vingt-cinq ans qu’on est là, face à tous ces gens qui me rendent mes sourires, je sais que ma place est sur cette scène.

SD : Nous avons mentionné quelques genres musicaux dans lesquels vous vous êtes illustrés. Doit-on y voir vos influences, la musique avec laquelle vous avez grandi ? Ecoutiez-vous les mêmes artistes, ou avez-vous parfois envie d’orienter vos compositions dans des directions différentes ?

G : Nous partageons la plupart de nos influences. Tout jeunes, nous écoutions les albums de nos parents, comme Simon et Garfunkel, les Beatles ou Bruce Springsteen. Ensuite, Sarah a eu des périodes disco et new wave, mais dans l’ensemble nous avons des goûts très similaires, ce qui facilite les choses évidemment. Nos goûts sont très éclectiques; je me souviens qu’à l’époque où on se faisait des cassettes, c’était les compilations que je préférais. Pas une cassette des Pixies exclusivement, même si je les aimais. Mais je préférais avoir une chanson Pixies, puis un air de Vivaldi, suivi des Beatles, de chanson française, etc. Pour moi, l’ensemble était plus intéressant que la somme des parties.

SD : Parlons de vos voix. En plus de la signature vocale toute particulière de Sarah, pensez-vous que le secret du succès de K’s Choice réside dans le mariage irrésistible de vos deux voix, qui s’en donnent à c(h)oeur joie dans les harmonies vocales ? 🙂

S: Je pense que oui. C’est sûrement la combinaison de beaucoup de choses, et j’espère que ça vient aussi de notre écriture, mais je sais que nos voix y sont pour beacoup … Nous avons enregistré des harmonies dans le passé en oubliant qui a chanté quelle voix. Quand nous les avons réécoutées, parfois quinze ans plus tard, il y avait certaines notes pour lesquelles nous ne savions plus qui a pris la note haute et qui pris la basse, parce qu’elles se mélangent d’une manière que seuls un frère et une sœur peuvent concevoir. Non seulement ça sonne bien, mais les gens aiment l’idée qu’un frère et une sœur soient dans un même groupe ensemble, ils nous disent « Oh, vous êtes des amis et vous faites de la musique ensemble ? » C’est un peu le rêve de tout parent : voir leurs enfants passer du temps ensemble, s’éclater et essayer de créer quelque chose de beau. Je pense que ça a certainement contribué à notre succès.

SD : Continuons à analyser votre réussite : il y a un peu plus de 20 ans, Alanis Morissette, sensible à votre son américain, vous a conviés à faire la première partie de sa tournée aux States. Pensez-vous que son geste ait contribué à vous propulser outre-Atlantique ? Et quelle est la différence entre le succès que vous avez en Amérique, et celui dont vous bénéficiez en Europe ?

G : Le fait qu’Alanis nous ait demandé de rejoindre sa tournée a été une incroyable opportunité. Cela dit, d’autres facteurs nous ont ouvert pas mal de portes aux États-Unis à l’époque, comme le fait d’avoir signé chez Sony, ou d’avoir fait quelques concerts avec Indigo Girls, qui nous emmenés sur deux tournées. Nous avons eu beaucoup de chance que ces groupes nous aiment et nous veuillent en première partie. A l’époque, cela nous a beaucoup aidés à lancer « Paradise In Me ».

K’s Choice Almost Happy – Live Semi Acoustic Session 2000

SD : Comment expliquez-vous la différence entre la carrière de K’s Choice aux États-Unis et en Europe ?

S : La présence. J’en parlais tout à l’heure en mentionnant Dave Grohl, c’est tout simplement parce que nous avons joué plus ici.

G : Nous jouons ici tout le temps, et presque jamais aux États-Unis, notamment parce que ça nous coûte trop cher de faire voyager tout le groupe.

S : Si nous étions un groupe américain, et que nous y avions tous habités à la fin des années nonante, les premiers deux milliers, nous aurions eu le même succès là-bas qu’ici. C’est juste parce que nous sommes d’ici, que nous y sommes et y jouons tout le temps. Si on avait pu le faire en Amérique – peut-être pas maintenant, car le contexte est plus difficile, mais il y a 15 ans, je pense que nous ferions le même type de concerts, parce que notre musique est très américaine. Elle est facile pour ce public. Les groupes typiquement européens dérangent un peu le public américain, mais pas notre musique, qui est chargée de racines américaines qui leur parlent.

Mais bon, jouer là-bas est devenu inaccessible pour nous. Nous sommes cinq à devoir prendre l’avion, ça fait déjà huit mille euros rien qu’en vols, sans compter le reste. C’est l’histoire de l’œuf et de la poule : vous ne signez pas de deal parce que vous ne jouez pas assez, et vous ne pouvez pas jouer beaucoup parce que vous n’avez pas de deal. C’est dommage car on adorerait faire la même chose là-bas, mais c’est vraiment… Si nous avions pu y jouer beaucoup, je pense que nous y aurions le même succès.

SD : On est bien d’accord ! 🙂

S + G : Haha, merci !

SD : The Phantom Cowboy, votre dernier album, sorti en septembre 2015, semble être une révélation à plusieurs niveaux : le temps était définitivement venu de faire du rock pur et dur ! Et pour la première fois, il s’agit d’un album intégralement coécrit. Un ouvrage inédit en quelques sortes ?

G : Oui, sans aucuns doutes, c’est quelque chose que nous n’avions jamais fait. C’est la première fois que nous avons vraiment décidé d’écrire ensemble ; j’allais retrouver Sarah aux US et elle venait me rendre visite ici quelques mois plus tard. C’est aussi la première fois que nous avons décidé de faire un album dans un certain style, alors qu’avant on écrivait des chansons et on choisissait les dix meilleures, pas nécessairement dans le même style de musique, en comptant sur le studio pour en faire un tout cohérent. Cette fois nous avons décidé d’écrire un album rock, et chaque fois que l’un jouait quelque chose de trop soft, l’autre l’arrêtait en lui disant que ce serait pour le prochain album, que celui-ci serait 100% rock, comme on l’avait décidé dès le début.

SD : Nous avions en fait une question à ce sujet, mais nous y reviendrons plus tard. Petit retour en arrière, en 2002, juste après votre quatrième album studio et votre premier album live : vous avez décidé de prendre une pause de 8 ans, pendant laquelle Sarah a réalisé des albums solo, et Gert travaillé avec son groupe Woodface. Dites-nous en plus sur cette période particulière dans votre carrière, où K’s Choice a été mis de côté ?

S : Ca faisait dix ans que vous menions K’s Choice, et nous avons tous deux senti le moment… Gert n’avait jamais été dans un groupe sans moi, et je ne l’avais jamais été sans lui. Nous n’avions jamais rien fait séparément, donc… Je pense que, comme tout ce qu’on fait pendant dix ans, à un moment donné on devient curieux et on veut aller explorer, voir si on y arrive aussi séparément. Nous avons aussi trouvé que la maison de disques manquait d’enthousiasme quant à un nouvel album de K’s Choice. C’était tout un ensemble de choses, on se demandait si ça ne devenait pas lassant à la longue de faire et refaire les mêmes choses, de jouer dans les mêmes endroits… La conversation avec Gert fut très courte, et facile – je lui ai demandé s’il avait envie de faire un album solo, il m’a dit oui, j’ai répondu que moi aussi.. Alors faisons-le, essayons quelque chose de nouveau ! Et quand nous aurons joué avec d’autres personnes et que nous aurons exploré ce qu’on est capables de faire l’un sans l’autre, on refera un album avec K’s Choice, sans forcément s’imposer une date. Et ce que nous espérions s’est bel et bien produit ; on s’est éclaté tous les deux à faire un bout de chemin en solo, et puis on a totalement retrouvé l’envie de refaire un album ensemble.

SD : Cette pause et vos expériences en solo ont-elles changé votre musique et de votre façon de travailler au sein de K’s Choice ?

G : Ca a probablement changé quelque chose, bien que ce soit difficile à cerner. Nous écrivons quoi qu’il arrive différemment aujourd’hui parce que pour la première fois nous écrivons ensemble. Tout change et évolue album après album, les sons sont meilleurs chaque fois, enfin je l’espère.

S : Pour moi, ce fut un boost de confiance en moi-même ; je ne savais pas si je pouvais avoir du succès sans recevoir l’avis de Gert qui me disait si une chanson était bonne ou pas. J’y étais tellement habituée. J’ai aussi joué beaucoup plus de guitare pendant notre période solo, c’était super fun et je me suis beaucoup améliorée. Revenir à K’s Choice après cette expérience en solo m’a réaffirmée dans mon rôle au sein du groupe.

G : Et a fait de toi une meilleure guitariste.

S : Et a fait de moi une meilleure guitariste. 😉

SD : The Phantom Cowboy sonne rock, mais il sonne aussi vraiment live. Vos paroles sont empreintes du même éclat, du même désir de vérité. Quelle est l’importance des textes pour vous, et quels sont les messages que vous souhaitez relayer à travers votre musique ?

G : Je n’ai pas vraiment un grand message unique, à part le fait que j’aimerais que tout le monde arrive à vivre ensemble. Les paroles ont bien sûr leur importance, mais moins sur ce dernier album, parce qu’à vrai dire, je ne connais pas les paroles de la plupart des chansons rock que je connais, je ne m’en soucie pas vraiment, je veux juste écouter du rock. J’aime AC / DC ou Led Zeppelin, mais leurs paroles sont vraiment mauvaises. Horribles. J’essaie d’écrire de meilleures paroles que cela, mais ça n’a pas beaucou d’importance quand on fait du rock, à mon avis.

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SD : The Phantom Cowboy : “I’m going to be who I am “ – “Je serai qui je suis” ?

S : Eh bien, je ne suis pas…

G : D’accord ?

S : Si, je suis assez d’accord je pense que dans un premier temps nous avons pris la décision de ne pas faire un disque où chaque chanson doit être le fruit de l’introspection la plus profonde, mais plutôt un disque qui est fun à écouter. Cela dit, si vous écoutez « Perfect Scar« , dont Gert a écrit les paroles, ou même « The Phantom Cowboy« , on voit qu’au final nous avons aussi écrit des choses très personnelles. On ne peut pas s’en empêcher.

G : Nous sommes trop intelligents ! 🙂

S : Oui, c’est à cause de Kafka, je savais qu’on y reviendrait ! En fait, nous voulions que certaines des chansons soient orientées fun, avec des paroles un peu moins recherchées. Cela dit, il y en a d’autres qui restent très personnelles. Mais Gert a raison, on a plutôt mis l’accent là-dessus, c’est quelque chose de très important pour moi parce que souvent quand j’écoute d’autres artistes, même sans savoir de quoi parle la chanson, si la note se combine harmonieusement avec la voyelle, et le phrasé, ce que les paroles racontent importe peu, ça sonne tout simplement. C’était une priorité pour nous dans cet album, et c’en est toujours une pour moi lorsque j’écris : ça doit coller, et pas donner l’impression d’un collage. C’est un tout. Si vous lisez des paroles sans la musique, ce n’est pas pareil. Vous pouvez le faire, mais ce n’est pas fait pour ça; elles sont censées se combiner pour vous faire ressentir certaines choses. On a donc moins mis l’accent cette fois sur les harmonies parce qu’en rock, elles n’occupent pas la même place que dans la musique de K’s Choice, mais plutôt sur le fait de faire sonner les paroles et la musique comme un tout.

SD : Parlons de Jean Blaute, Gil Norton et Alain Johannes. Comment ont-ils été impliqués dans l’écriture et l’enregistrement de vos albums, et comment ont-ils influencé votre propre force créatrice ?

G : Chacun d’eux nous a apporté des choses uniques. Jean nous a tout appris au début, parce que nous ne connaissions rien, nous étions très jeunes. Gil m’a appris à être un peu plus exigeant vis-à-vis de mon jeu, de ne pas me satisfaire trop vite. Alain m’a appris à comment faire un album rock.

S : C’est l’un des avantages au fait de travailler avec des personnes différentes. C’est tentant de ne rien changer par rapport à la première fois, et comme l’a dit Gert, on a appris quelque chose de différent de tous ceux avec qui on a travaillé. Ces trois personnes excellent dans leur discipline, ils ont un talent fou, et d’emblée vous savez qu’ils vont vous apporter quelque chose que vous n’avez pas encore, que vous ne comprenez pas encore. Chacun a joué un rôle majeur dans les différents albums que nous avons fait.

SD : Nous avons parlé des différents genres dans lesquels vous vous êtes illustrés. « Echo Mountain » était un album enjoué, pop-rock. « Little Echoes » faisait la part belle à l’acoustique. « Waving At The Sun » par Bettens était plus sombre et dépouillé. Et maintenant « Phantom Cowboy », très rock. Ces changements tout au long de votre carrière sont-ils liés à votre évolution en tant que personnes et artistes, à votre vision du monde et à votre sensibilité ? Comment expliquez-vous ce parcours ?

S : Dans notre tout premier album, il y a quelques chansons dont on voit clairement qu’elles ont été écrites par des gamins de vingt ans sans aucune expérience de la vie. On se dit « Hey, si on se faisait une opinion tranchée sur ce sujet ? ». On fait très peu dans la nuance à cet âge, et il y a des chansons sur « The Great Subconscious Club » que l’on écrirait plus aujourd’hui, tant pour la mélodie que pour le texte. On croyait connaître les réponses à beaucoup de choses, alors que maintenant nous filtrons nos opinions un peu plus parce qu’on apprend avec le temps que tout n’est pas forcément noir ou blanc ; il y a aussi beaucoup de gris…

G : Cinquante nuances … 😉

S : Haha, en effet cinquante ! Je n’ai jamais lu ce livre… J’espère que nos albums sont devenus plus intéressants avec notre expérience de vie qui augmente. Un peu comme le fait que je trouve généralement plus intéressante la conversation avec une personne de quarante ans qu’avec un ado de seize ans. C’est pareil : celui qui est plus âgé a traversé certaines choses et comprend certaines choses. Il a connu la douleur et a appris à la dépasser. Je pense que notre musique et nos albums reflètent ça. Et même si « The Phantom Cowboy » est un peu plus léger que « Echo Mountain », il fait partie de cette évolution aussi. Nous ne voulions juste pas nous prendre trop au sérieux sur cet album, et s’amuser à le faire. Nous sommes toujours là après plus de vingt ans, allons jouer un peu rock and roll sur scène. Toutes ces choses contribuent bien sûr à ce que nous sommes aujourd’hui.

SD : Célébrons, peut-être ?

S : Exactement, oui.

SD : Waving At The Sun est sorti en 2013 sous le nom Bettens. Pourquoi pas K’s Choice ?

G : Parce que c’était juste nous deux, nous avons tout enregistré seuls. C’était tellement différent de ce que nous faisions avec K’s Choice que nous avons décidé de le faire sous notre nom. Nous ne voulions pas que les gens s’attendent a du K’s Choice, car c’était tout autre chose. Avec le recul, ce n’était sans doute pas nécessaire, mais nous l’avons fait.

SD : Regrettez-vous ce choix ?

G: Non, pas du tout, il n’était tout simplement pas nécessaire.

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SD : Ça, c’est le passé. Passons maintenant à l’avenir. Vous êtes au beau milieu de votre tournée européenne. Comment voyez-vous les mois et les années à venir, et plus généralement l’évolution de votre carrière, déjà très audacieuse ? L’attendez-vous avec impatience, ou vous n’en avez aucune idée et vous verrez ce que l’avenir vous réserve ?

S: Nous avons appris à ne pas faire de projets pour les cinq prochaines années car dans la vie on ne sait jamais, mais nous savons généralement ce que nous ferons ensuite. En l’occurrence, un nouvel album avec K’s Choice. Nous pensons à célébrer le fait que nous sommes là depuis presque vingt-cinq ans, donc nous ferons peut-être quelque chose de très spécifique pour les fans, quelques concerts où nous jouerons de vieilles chansons que les gens ne nous imaginent plus jouer. Ca fait partie des projets, mais nous voulons aussi reconduire l’expérience de « The Phantom Cowboy », à savoir écrire ensemble, passer une semaine en Amérique puis rentrer en Belgique. Nous nous sommes tellement éclatés à faire ce dernier opus, c’est un renouveau pour nous, et nous voulons tous deux continuer dans cette direction. Surtout parce que nous aimons jouer en live, et c’est un album en effet très live, du coup nous sommes vraiment tentés de retenter l’aventure. Je ne sais pas pour toi Gert, mais quand nous sortons un album qui me plaît vraiment, je pense toujours que c’est le dernier album, émanant du meilleur de moi-même. Tant parce qu’il est bon que parce qu’il sonne exactement comme je le voulais, et je ne sais pas si nous pourrons reproduire ça à l’avenir. Et c’est pourtant ce que je voudrais faire…

SD : Une dernière question: lors de réunions de famille, le thème «K’s Choice » s’invite-t-il à table ? Et plus important encore, vous chamaillez-vous toujours comme un frère et une sœur le devraient ? 😉

G : Je ne pense pas que nous nous chamaillons. Nous avons parfois des mots, mais nous ne disputons pas vraiment. Et je ne pense pas que nous parlons du groupe pendant les réunions de famille.

S : Non, pendant les réunions de famille, on s’occupe plutôt des enfants qui courent dans tous les sens ; c’est une bonne occasion pour nous de ne pas parler du groupe. Mais bien sûr, quand nous sommes ensemble comme en ce moment, ou dans le bus de tournée le week-end prochain, on finit toujours par parler de la prochaine étape, c’est un peu automatique. Mais quand on est juste tous les deux, on parle surtout de ce qu’on a fait les deux dernières semaines, de comment vont nos enfants… des trucs normaux, mais sans chamailleries. Nous sommes parfois en désaccord, et on essaie de se convaincre l’un l’autre, mais on ne se dispute pas… enfin, on ne se dispute plus !

SD : Merci pour ce très beau moment. On vous souhaite le meilleur – même si vous vous en êtes assurés ces vingt-cinq dernières années !

S + G : Merci beaucoup, c’est gentil ! 😀

Interview : Valérie Cooreman et Nicolas Sancinito

K’s Choice – Vidéo : Private Revolution


Tournée acoustique – K’s Choice

nov. 07  Melkweg RabozaalAmsterdam, Netherlands Tickets

nov. 08 CENTRE CULTUREL REGIONALDudelange, Luxembourg Tickets

nov. 10 Handelsbeurs Ghent, Belgium

nov. 17 Het DepotLeuven, Belgium Tickets

mar. 14 Rotterdamse SchouwburgRotterdam, Netherlands Tickets

mar. 16 Tivolivredenburg Utrecht, Netherlands Tickets

mar. 17Muziekgebouw EindhovenEindhoven, Netherlands Tickets

mar. 18 Stadsschouwburg Groningen, Netherlands Tickets

mar. 20 Tivolivredenburg Utrecht, Netherlands


The Phantom Cowboy Credits

  • Backing Vocals – Alain Johannes, Reinout Swinnen
  • Bass – Bart Van Lierde
  • Drums – Wim Van Der Westen
  • Engineer – Evan Bradford
  • Guitar – Gert Bettens, Sarah Bettens, Tom Lodewyckx
  • Guitar [Additional] – Alain Johannes
  • Keyboards – Reinout Swinnen
  • Mastered By – Dave Collins
  • Mixed By – Alain Johannes
  • Photography By – Anton Coene
  • Producer – Alain Johannes
  • Programmed By – Reinout Swinnen
  • Vocals – Gert Bettens, Sarah Bettens
  • Written-By – Gert Bettens, Sarah Bettens