– Photo : Steve Collin –

Djinn Saout, comme un bon livre qui nourrit l’esprit, nous balade dans la vie en nous imbibant les cœurs de sensations et d’émotions. Leurs chansons font l’effet d’un baume sur nos âmes blessées par les dures épreuves de l’existence. Leurs voix s’unissent et nous voilà emportés, loin, loin, de ce monde hargneux, où leurs plumes viennent exorciser le mal, voire le sublimer en faisant vibrer les mots avec une étonnante sincérité.

A Namur, les djinns n’ont rien d’esprits malfaisants ; que du contraire. Comme le son de leurs voix (Saout qui signifie à la fois le son et la voix en arabe) ils se font protecteurs, et préservent en eux toute la force magique dont ils sont aussi le véhicule.

Ces plumes magiques, en sillons de sincérité, qui hèlent nos émotions les plus personnelles, ce sont celles d’Olivier Godfroid et de Corentin Simon, auteurs-compositeurs-guitaristes, et amis de toujours, qui forment cet impétueux duo namurois qu’est Djinn Saout, qui s’adjoint les services de solides musiciens tels que Maxime Champion et Florent Marloye.

Impétueux est le bon mot, car rares sont les artistes qui osent le rock français avec autant d’audace et de plénitude de vie. N’en déplaise aux dubitatifs, qui n’hésiteraient pas à comparer le rock français à un vin dilué et de structure faible, ne laissant aucunes sensations particulières… « Le rock français, c’est comme le vin anglais ! » alléguait John Lennon… Pardonnons aux anciens, comme à John, qui ont probablement méconnu Higelin, Téléphone, Triangle, Alice, Ange, Catharsis, et qui n’ont eu la chance de découvrir des talents majeurs tels que Noir Désir,  Thiéfaine, Bashung, La Mano Negra, Les Négresses vertes…. ou encore DS, où le lâcher prise des guitares se poétise avec des vers de bien belle allure, se glanant pour imposer une formule de beauté singulière de leur langue maternelle, celle de leur chair, celle qui jaillit de leurs entrailles. Ces vers sont autant de perles de plaisir qui se laissent déguster sans soif, comme un excellent Champagne.
On sent la patte d’auteurs passionnés, et habités par la musique et les mots ! Les leurs sonnent comme un art du partage ; ce qui nous fait humain, nous submerge, nous étreint, réclame d’être exprimé et donné à entendre.

Les plumes de djinns, une fois serrées dans leurs paumes, peuvent s’avérer d’un romantisme fulgurant et emporté, façon Murat : « Ici la nuit se lève en folie, et nous savons que fuir nous met les larmes en vagues… ». Et plus réalistes aussi, donnant corps à des textes forgés par l’expérience de petits déboires intimes, qui parlent de la mort autant que du spectacle intense de la vie : l’amour, la passion… « Que devient l’ombre sans lumière ? » (Et inversement…) Elles éveillent à l’extérieur autant qu’elles creusent en nous-mêmes. Elles nous rappellent que la vie comme la musique sont indissociables de la poésie, de l’écriture, relevant de cette exploration sensible par laquelle le monde nous frappe, par ses perceptions et ses émotions, que l’art nous remet sous les yeux dans une tournure devenue plus accessible par la grâce de quelques paroles : « A son chevalet sur la toile exorcisée, le pigment des mensonges, les faces cachées, étrange est la danse quand il en ressort, déguisé en humain, James Ensor… »

DS est à son summum sur cette pièce titre expressionniste James Ensor, neuvième extrait de son troisième album De l’ombre à la lumière, qui réalise une jolie fusion entre culture et musique pour nous transmettre des bribes d’existence….

Les mots, ces « passants mystérieux de l’âme », « savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. » Voilà que Victor Hugo et René Char nous aident à illustrer leur univers, que nous avons pris plaisir à ausculter, jusque dans les moindres finesses…

Merci à Djinn Saout, ainsi qu’à Olivier Godfroid, qui s’en est fait le porte-parole pour répondre aux questions de Sounding Magazine (ci-dessous) !

Copyright Djinn Saout

 

Djinn Saout est le vainqueur du Tremplin du Festival des Saveurs & Légendes 2016.

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SD – « Vos chansons, comme un bon livre qui nourrit l’esprit, nous baladent dans la vie en nous imbibant les cœurs de sensations et d’émotions… Elles font l’effet d’un baume sur nos âmes blessées par les dures épreuves de la vie. Vos voix s’unissent et nous voilà emportés, loin, loin, de ce monde hargneux où votre plume vient exorciser le mal, voire le sublimer en faisant vibrer les mots avec une étonnante sincérité… » Cette définition de DS vous convient-elle ?

Définition flatteuse. Si notre musique et ce qu’on y exprime peuvent provoquer de tels effets, nous en sommes honorés. On espère toujours que nos chansons auront un impact sur l’auditeur. Nous ne les écrivons pas pour notre seul plaisir. Nous imaginons leur retentissement chez qui voudra bien les écouter. Nous espérons ne pas laisser les gens indifférents. Nous aspirons à les rejoindre dans leur vie, leur quotidien, leurs épreuves et leurs victoires.

SD – Vous arpentez un territoire de mélancolies véristes, et d’une poésie flamboyante, belle à pleurer, qui occupe une place prépondérante. Votre musique, efficace et énergique, n’en est pas moins éloquente et ne s’en retrouve jamais privée de ses fonctions essentielles. Composez-vous la musique avant d’écrire les textes, ou le contraire ? Qu’est ce qui prime selon vous ?

Musique et texte sont intimement liés. Ils s’inspirent mutuellement. La chanson s’échafaude au fur et à mesure. Les notes s’enchainent comme les mots et rapidement des lignes se dégagent avec plus ou moins de clarté. Une chose est sûre, il n’y a pas de règles en matière d’écriture. Plus rarement, il arrive qu’une idée soit à l’origine d’une chanson. Un texte voit alors le jour sans connaître encore sa mélodie. L’inverse est possible aussi. Quoiqu’il en soit, on travaille d’abord dans l’élan, l’impulsion. Le risque est grand de se répéter. Il faut parfois se méfier de ce qui accouche trop facilement. On ne peut échapper au risque de radoter. On cherche donc de nouvelles formes, d’autres directions. On espère toujours aller plus loin. Nous cultivons ce rêve de la chanson « idéale ». Sommes-nous voués à n’écrire qu’une seule chanson qui jamais ne verra le jour ?

SD – Comment vous est venu le goût des mots ? Qui plus est, des mots qui sonnent, des mots « parleurs » dont l’authenticité recherchée ne passe que par la langue de Molière ? Pourriez-vous développer ?

Cela remonte à l’adolescence. Corentin et moi écoutions beaucoup de chansons françaises. Nous aimions gratter à la guitare les titres d’Aubert, de Miossec, de Noir Désir… Nous mesurions la puissance de leurs chansons. Avec quatre accords, nous nous sommes mis à composer des chansons  à foison avec les dérives propres à notre jeunesse. Ecrire une chanson conserve pour moi une dimension magique qui n’a jamais cessé de m’émerveiller. Chaque fois, c’est comme une naissance. Si nous faisons (écrivons) des chansons, je pense que quelque part, cela répond à un besoin en nous dont la privation nous rendrait malheureux. Le français est notre langue maternelle, celle de notre chair. Les chansons viennent de l’intérieur.

DJINN SAOUT – La Poesie de ce Pays – « Ça balance en live »

SD – Selon vous, les meilleures chansons sont celles que l’on écrit sur le coin d’une table sous l’effet d’une subreptice émotion ou, à rebours, celles qui mettent des heures voire des jours à nous souffler l’inspiration, venue de l’horizon de nos mémoires et de nos attentes ?

Les chansons écrites d’une traite sont plutôt rares. Elles me donnent une impression d’intensité tantôt réjouissante, tantôt trompeuse. Il arrive que le lendemain, une fois l’excitation retombée, ce que je croyais être exceptionnel s’avère bien décevant… Sur ce point, Corentin et moi, pouvons nous différencier. Chez Corentin, les mots me semblent venir plus rapidement, avec davantage de fluidité. Je peux traîner longtemps sur une chanson, lui donner de nombreuses versions, ce qui amuse mes amis de DS.

SD – Des mots qui vous viennent quand l’aube se lève avec le brouillard sur les dunes, aussi imperceptiblement qu’une vague salée sur une plage de la mer du Nord, où vous voilà le héros d’un roman que vous avez écrit, à la poursuite d’un être imaginaire… « Un coin de mer entre deux tours » est votre premier roman, sorti en avril 2016. Pourriez-vous nous en toucher quelques mots ?

J’ai aimé écrire ce récit. Je me suis immergé dans le décor et dans mon personnage pour parvenir à les animer. J’ai aimé passer ces moments avec moi. L’autonomie que j’y ai découverte m’a vraiment stimulé. Avec DS, Corentin et moi ne donnons place qu’à une partie de nos chansons. Nous avons tout un « paquet » de chansons restant dans le tiroir ou sur de vieilles K7. Nous choisissons ensemble celles qui semblent adaptées au projet. Certainement, notre écriture est elle-même influencée pour les choix et les directions que nous voulons prendre. Nous essayons de faire au mieux pour défendre notre musique. Etre seul dans la réalisation de ce roman, m’a procuré une expérience d’écriture bien différente de celle vécue dans DS. Ce fût nourrissant… Du coup, je ne pense pas avoir trop répondu à la question ;). Je dirai que « Un coin de mer entre deux tours » a apporté un vent de nouveauté dans mon travail d’écriture. J’y ai testé, cherché ma plume et mon style autant que le héros tente d’affronter la mer, le silence d’un appartement, le vide d’une plage. Comment faire entendre sa voix, trouver ses mots, lâcher du lest, se sentir vivre ?

SD – Dans ce livre, comme dans l’une de vos chansons, vous n’hésitez pas à mettre à l’honneur de belles références artistiques, tel que James Ensor, ce peintre belge dont l’œuvre s’avère parfois maussade ou morbide. Ici encore, vous sublimez… Pourquoi Ensor ? L’un de vos maîtres à penser ?

C’est Corentin qui m’a fait découvrir Ensor. Nous avons été fascinés par l’univers de ce peintre. Quand je suis devant une toile, je ne cherche pas à en décoder son contenu. J’ai besoin qu’une peinture me laisse entrer en elle. La création artistique, qu’il s’agisse de peinture et de chanson, est parfois une façon de donner vie à des sensations et images étranges, dérangeantes qui nous habitent. C’est ce que nous avons voulu exprimer au travers de la chanson « James Ensor ».

DJINN SAOUT – James Ensor – « Ça balance en live »

SD – Pour aider votre public à entrer plus avant dans vos textes flamboyants, vous semblez renouer avec une certaine tradition du Romantisme, en d’autres mots, c’est « le cœur qui gouverne la raison ». Qu’en pensez-vous ?

Oui, nous partons souvent d’un ressenti. Les chansons n’ont peut-être pas d’autre vocation que de soutenir notre besoin de se sentir exister. Après, nous sommes attentifs à essayer de nous faire comprendre. 

SD – Vous êtes ce qu’on appelle un vrai groupe de rock français, tantôt brut, tantôt pop. Mais qui dit rock français dit tout et son contraire. Plutôt Aubert, Thiéfaine, Cantat ou Calogero ?

Nous admirons de nombreux artistes de la scène française et ce n’est pas parce que certains ne sont pas à notre goût que leur travail n’a pas un impact sur le nôtre. Nous sommes influencés par ce qui nous entoure, les mélodies des autres, la manière dont ils font sonner leur musique. Nous avons beaucoup revendiqué le label « groupe rock français ». Aujourd’hui, ça ne nous semble plus si important à nos yeux. Nous faisons des chansons, voilà tout.

SD – La pole position du top albums, est-ce une idée qui vous séduit ? A moins que votre quête des mots ne dépasse la volonté de conquérir les foules ?

Je ne vous cacherai pas que nous ne serions pas contre un coup de pouce des radios. Après, nous n’avons pas vocation d’irradier les foules. Il y a des concessions que nous ne sommes pas prêts à faire. Nous ne crachons pas pour autant sur la musique populaire. Nous rêvons d’écrire une chanson qui toucherait un grand nombre de gens.

SD – L’horizon est bien rempli : l’on vous attend notamment aux Francofolies de Spa le 19 juillet prochain. J-7 donc ! Après trois opus, un nouvel élan semble vous appeler à en concevoir un quatrième. Qu’en est-il ?

C’est en cours. On y bosse ! Un single devrait sortir prochainement. D’autres titres sont déjà bien avancés. Nous espérons finaliser un album pour début de l’année prochaine.

Photo: Steve Collin

DJINN SAOUT – Délivre-moi [Clip officiel]