Photo : HamiltonLake

Quand on n’a de cesse de rêver grand et beau, il est de fortes chances que le meilleur de soi émerge et se porte vers l’avant, sur ce que l’on veut vraiment…

Colline Hill, auteure-compositrice, chanteuse, guitariste, incarne cette figure de musicienne déterminée par excellence, une force vitale exaltée et farouchement libre, instaurant un rapport d’étroite proximité entre un corps de jeune femme à la voix habitée, qui se sait jouer, son instrument à cordes (en acier) et l’environnement naturel alentour.

Parée de mille beautés, la musique de Colline revêt souvent l’aspect d’une passion aux cheminements tantôt impétueux, tantôt apaisés, des routes sauvages des grands espaces américains.

Son auteure semble vouloir qu’elle échappe aux digues entre lesquelles on serait tentés de la canaliser, pour retrouver la puissance factuelle des langages de l’aube – sa vérité. Celle chevillée au corps depuis la nuit des temps –  inhérente à son moi pensant. La Vérité pour ne jamais trahir.

Deux albums déjà, Wishes et SKIMMED. Après avoir récemment remporté le Grand Prix du Disque en France, le meilleur album breton de l’année 2015 décerné par Le Télégramme, Colline vient de signer avec le tourneur français Yapucca / 3 P’tit Tour (Louise Attaque / Deportivo / 3 minutes sur mer,…), elle a joué en Italie, en Suisse, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, et bien sûr au plat pays (en Wallonie comme en Flandre)… Prise dans cet élan, on ose espérer que 2017 sera l’année qui donnera carrière à toutes ses audaces…

Pour l’heure, l’artiste œuvre pour la biodiversité marine en sortant son tout nouveau titre Precious très emblématique de l’association BLOOM, qui lutte pour la préservation des océans, contre le chalutage en eau profonde, les lobbies de la pêche…  C’est sa promesse envers eux, son engagement envers l’océan…

Il est disponible depuis le 21 octobre, partout dans le monde. En le téléchargeant sur iTunes, GooglePlay, et Amazon, pour 1.29€, l’on soutient à la fois la préservation de l’océan et la création musicale : 30% des revenus issus de la vente du titre vont à BLOOM.

« Notre sort est indissociable de celui de l’environnement. Arrêtons de nous croire au-dessus ou en dehors. » Mots de Pierre Rabhi.

Colline, en s’engageant à leurs côtés, est, une fois encore, fidèle à ses valeurs profondes : son altruisme, son empathie, ses aspirations à la liberté et à la vérité, ses rêves de Grand Bleu aux nuances infinies où le temps se cristallise dans la beauté. Sa musique ne manque pas de les mettre en lumière, et on l’en remercie.

Comme d’avoir répondu aux questions de Sounding Magazine.

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Colline Hill – Vidéo : Back Again

 

SD – Bonjour Colline,

Quand et comment avez-vous pris conscience du pouvoir fascinant de la musique et des mots ? Cet engouement a-t-il été nourri par un événement particulier ?

Très tôt, j’ai été émue par des musiques. Plus que par des chansons. J’ai été bouleversée par des pièces de musique classique. J’ai notamment été émue jusqu’aux larmes par le concerto n°5 pour piano en Fa mineur (BWV.1056) de Jean-Sebastien Bach. J’avais à peine 8 ans. J’ai pratiqué le piano classique pendant 7 ans. Bach et Chopin m’ont émue et bouleversée. Le premier par sa capacité à passer de la joie aux larmes, et sa ténacité dans le travail. Chopin, c’est sa nostalgie profonde qui m’a touchée. Celle qui s’égrène au fur et à mesure des Nocturnes, qui le rapprochent de la mort. Adolescente, ma rencontre fracassante, c’est avec John Barry, le compositeur de musique de films (Out of Africa, Danse avec les loups, Swept from the sea). Sa sensibilité est incroyable, ses arrangements fabuleux. Avec lui, la fragilité danse sur les pointes, ça me figeait en apnée. L’instant où j’ai appris sa mort en 2011, je me suis extirpée de la discussion à laquelle je prenais part, pour aller pleurer. C’est comme si je venais de perdre un proche.

SD – La maison familiale retentissait-elle de musique ?

Oui, mais pas spécifiquement de folk (sourire). Il y avait un support d’écoute dans quasiment chaque pièce de la maison : chaque chambre, la salle de bain, la cuisine, le salon… et un piano trônait dans le salon. Cela allait d’Adamo à Saint-Preux. De Madonna à Dire Straits. Mais «no folk» à l’horizon…

SD – Vous êtes bretonne pure souche. Du Morbihan. Des origines que vous portez fièrement, avec tout ce que cela suppose comme valeurs : authenticité et vérité. Vous y avez vécu, et connu vos premières amours musicales…. Ensuite l’Irlande pour y trouver dans une source infinie de sensations, ce nouveau souffle créateur qui vous a animée pour votre dernier album Skimmed… Et Liège dans tout ça ?

Je vis en Province de Liège depuis quelques années. J’ai «migré» vers la Belgique pour raisons personnelles. Évidemment, c’est très différent de là d’où je viens et des terres irlandaises où j’ai vécu.

Plus que Liège, je dirais «la Belgique dans tout ça». Car, en fait, même si je suis «basée» en Province de Liège, ma musique m’amène aux quatre coins de la Belgique : d’Anvers à Marche-en-Famenne, de Bruxelles à Namur. Liège est une étape dans ma vie, comme l’a été Galway en Irlande. Un peu plus longue, certes (sourire).

SD – Vous semblez d’un tempérament passionné et romantique, assoiffée de beauté et d’absolu… C’est d’ailleurs très marqué dans votre musique. Pourriez-vous développer ?

C’est vrai. La quête de l’absolu est enivrante et j’ai appris à redéfinir «mon» idée de l’absolu, pour en faire quelque chose de plus accessible. J’aime les choses vraies, sans détours, même un peu abruptes. Je préfère les vérités douloureuses aux doux mensonges, les récifs aux galets, les cicatrices aux peaux lisses. Quant à ma musique, j’aime qu’elle fasse vivre une émotion forte à celles et ceux qui l’écoutent. L’esthétique a plus vocation à m’aider à toucher l’auditeur qu’à enrober pour faire joli.

Je cherche à ce que la beauté des arrangements rende le titre fragile et sur le fil. Ma voix me sert aussi beaucoup dans cette recherche-là. Quand je chante, je ne cherche pas d’emblée à chanter tel ou tel mot, de telle ou telle manière. Instinctivement, ma voix choisit de s’arrêter ou se placer de telle ou telle manière. C’est une liberté qui compte pour moi, de travailler mes titres comme je l’entends.

Colline Hill – Vidéo : Wish You Were Here

SD – Votre musique a cette force de parler directement au cœur des gens. S’il n’y avait qu’un message à leur faire passer, quel serait-il ?

Il n’y a que vous qui savez ce qui est bon pour vous.

SD -Vous arrive-t-il de noter dans des calepins vos pensées, vos sentiments, pour les transformer en chansons ?

Je ne note pas de pensées ou de sentiments à proprement parler.

Quand je note, ce sont des phrases isolées qui ressemblent déjà à des paroles. Très souvent, il s’agit de phrases qui finiront dans l’une de mes chansons. Mais je ne suis pas une accro du calepin !

SD – A propos de SKIMMED : on ressent une œuvre qui refuse l’esquive et les faux-semblants. Si certains textes d’autres chanteurs folk attachent plus d’importance à la sonorité des mots qu’à leur sens, les vôtres sont denses, y parlent de la vie : de l’amour, de nos questionnements sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure, avec un caractère très social, même…

Les mots comptent pour moi. Un mot n’est pas un autre. Le quotidien nous le rappelle sans cesse.

Un mot à la place d’un autre peut faire plus, ou moins.

Je suis auteur-compositeur et c’est ce que j’ai décidé de faire dans la vie. Je traduis donc ce que je vis et ce que je vois dans mes chansons, de manière poétique mais le propos n’en demeure pas moins véritable. La poésie pour adoucir mais la vérité pour ne pas trahir.

SD – Vos mots servent toujours un chant, tout de grâce et d’émotions, aux échos parfois de Christine Mcvie (Fleetwood Mac), de Keren Ann, ou encore d’Enya sur cette mélancolique pièce titre Random skies, I’m afraid of dying dont les chœurs elfiques ajoutent au climat éthéré et rêveur… Qu’en pensez-vous ?

C’est votre ressenti et je suis touchée pour tout ce qu’il évoque chez vous. Fleetwood Mac fait partie de mes écoutes, même si je suis plus Stevie Nicks que  Christine McVie  (rires). Keren Ann, j’aime beaucoup, notamment  The separated Twin, petit bijou sur son dernier album  You’re gonna get love.

Keren Ann: Vidéo : You’re gonna get love (live)

SD – A contre-courant de toutes les tendances actuelles, vous vous nourrissez aux racines du folk, de la Country et du bluegrass. Un genre musical que vous réinventez à votre manière pour mieux en distiller les sons vibrants, sans oublier les quelques notes plus indie-pop qui parachèvent votre style parfaitement maîtrisé. C’est donc une volonté bien assumée ?

Je ne crois pas chercher à faire quelque chose de précisément ancré dans un style ou l’autre.

Mais il est évident que le folk est le fil rouge de ce que je crée. C’est ce que j’aime écouter, et ce que j’aime créer. Mais je ne m’interdis rien. C’est ce qui en fait d’ailleurs un folk un peu différent. Il y a les racines du folk américain, l’indie-folk scandinave, la slow-pop… Je ne veux pas m’enfermer dans un style qui figerait les choses. Mais il est vrai que je me fiche royalement des tendances. Ce ne sont que des vagues temporelles et temporaires. Depuis l’enfance, j’ai toujours été en décalage : mode, musique, bouquins. Avec le temps, je me suis aperçu que je n’étais pas seule dans ce cas, et j’ai tiré plus d’enseignement et de richesses à me construire de cette manière, qu’en revendiquant la hype du coin ! 

SD – De quelle façon percevez-vous votre métier ? Sur quelles valeurs repose-t-il ?

Comme pour tout métier, le développement est important et prend du temps. Je me suis entourée d’équipes, notamment en France. Ce sont des gens qui aiment le projet, le comprennent et le respectent. Je suis fidèle aux gens avec qui je travaille, à condition que notre relation repose sur le respect et l’honnêteté. Je travaille avec la même attachée de presse en France depuis le début. Elle aime ce que je fais, le défend de manière très professionnelle et sincère. En musique, je n’ai pas réalisé mes E.P et albums avec les mêmes arrangeurs, car d’un album à l’autre, je cherche autre chose et m’oriente vers des réalisateurs plus disposés à ce que je recherche. C’est donc un métier, qui comme pour beaucoup d’autres professions, ne peut fonctionner que sur base de respect, de beaucoup de travail et d’honnêteté.

SD – Si nombre d’artistes se sont découragés en cet univers souvent cruel qu’est le «marché» de la musique, vous, en revanche, n’avez jamais lâché l’affaire. Un trait de caractère qui vous définit plutôt bien ?

Il faut du temps pour développer un projet. Pourquoi lâcher alors que le projet évolue sans cesse et que nous atteignons des objectifs de plus en plus importants ? L’album a reçu le Grand Prix du Disque en France (meilleur album breton de l’annee 2015 décerné par Le Télégramme), on vient de signer avec le tourneur français Yapucca/3 P’tit Tour (Louise Attaque/Deportivo/3 minutes sur mer,…), je joue en Italie, en Suisse, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, en Wallonie et en Flandre…et d’autres projets d’envergure arrivent. Tout ça annonce de belles choses à venir, non ?

Je ne lâche rien car je sais que mon projet est de qualité. Pas de prétention là-dedans mais il faut aussi se faire confiance, savoir créer des ponts avec les bonnes personnes, bien s’entourer. Le must pour moi, ça reste de voir des gens à mes concerts et de jouer sur scène. Je suis une artiste du public depuis le début et ce sont eux qui portent aussi ma carrière. Et peut-être, avez-vous vécu ces moments de doute où vous vous êtes dit que ce choix de vie vous engageait à pas mal de concessions ?

Bien sûr que cela engage de nombreuses concessions. Moins grande disponibilité pour les proches, les amis. Beaucoup d’heures de travail, hors scène. Le doute est nécessaire pour avancer dans la vie en général. Les gens qui ne doutent jamais de rien m’inquiètent un peu (rires). Le doute doit aider et non détruire. S’interroger, sereinement. Je suis plutôt de nature speed et nerveuse, mais j’apprends à poser les choses calmement, grâce aux équipes qui m’entourent, en live et au quotidien.

Photo : HamiltonLake

SD – Pour étoffer votre art de la mise en son, vous avez collaboré avec de grands noms tels que Werner Pensaert (K’s Choice, U2, Hooverphonic), et Stuart Bruce, un arrangeur réputé pour son travail au Real World Studios et ses collaborations avec Peter Gabriel, Kate Bush, et Loreena Mckennitt. Voilà qui laisse rêveur… Pourriez-vous nous parler de ces heureuses rencontres ?

Ces rencontres nous ont été proposées par mon premier label. Nos univers (le mien et ceux des arrangeurs cités) matchaient parfaitement ! Leurs références sont pompeuses et ils sont ultra talentueux.

Au-delà de leur CV, ce sont des personnes très accessibles. Je me souviens d’énormes fous rires en studio avec Stuart Bruce, un type extra. On s’est revu il y a peu alors qu’il bossait à l’ICP.

Pour SKIMMED, je suis allée chercher Stéphane Gregoire. Il officiait comme directeur de production sur mon premier album. Peu connu comme arrangeur, ce mec a un talent dingue. Nous avons enregistré à Bruxelles au Purple Airplane Studio, en prenant beaucoup de temps. Et le résultat est à la hauteur de notre travail. Werner, Stuart, Stéphane sont des personnes talentueuses, et leurs références laissent rêveur, c’est vrai. Mais je n’ai jamais rêvé petit. On me charrie ici, des fois, en disant que c’est mon côté français (sourire). Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que personne ne peut tracer la route à votre place. Si c’est le cas, c’est une erreur. Je rêve grand et beau.

SD – La saison estivale a été bien remplie avec une kyrielle de concerts, notamment à Liège à la Brasserie Sauveniere, et à Quimper, dans le Finistère, non loin de chez vous, en juillet…. Et bien d’autres dates encore… Vous sembliez sur-motivée ?

Sur-motivée, oui. L’été ne fut pas vraiment reposant pour moi, mais j’ai adoré ça. À la brasserie Sauvenière, «on a eu bon», comme diraient mes amis Liégeois ! Il y a eu beaucoup de monde et l’ambiance était géniale. On revenait d’une série de dates qui nous avait amenés au Festival de Cornouaille à Quimper, au Château d’Hardelot dans l’unique théâtre Shakespearien de France, au bord de la mer sur la presqu’île de Crozon, en ouverture de Miossec au festival de la St Loup à Guingamp…De fabuleux souvenirs. Puis, ce fut le Danemark au Palais Thott de l’Ambassade de France et au Copenhagen Songwriter Festival, ensuite Paris aux Trois Baudets et l’ouest en septembre. Le RDV est aussi pris en ouverture de Puggy en France en février…

SD – Votre profonde réflexion sur les quelques années à venir ?

Continuer à faire ce que j’aime avec les gens qui m’entourent.