Photo : Jean-Marie Vanderzwalmen

L’un est wallon, l’autre est flamand. Leurs différences les unissent. Voici les Barnill Brothers !

Tout sourire et solidement campés derrière leurs guitares, ils nous donnent de l’entrain et de la bonne humeur, en s’affirmant pleinement via des compositions pleines de sincérité et qui sentent souvent le vécu.

Parallel Lives, leur prochain EP annoncé pour le 23 septembre en est la pierre de touche, témoignage d’une idéologie profonde qui revient à nous faire oublier ce qui nous divise (ou nous sépare) pour mettre en commun ce qui nous rapproche (ou nous unit), « en allant chercher le bonheur et l’amour avec les gens qui nous entourent », nous confient Barnabé et Ruben, alias Ted et Charlie.

L’idée est séduisante et consiste dans le retour à l’essentiel de nous-mêmes.

Telle une ode à l’esprit voyageur, cet épatant duo réussit à nous livrer toute sa passion au cœur de contes itinérants. La potion magique agit. Le public est embarqué, hors des sentiers battus, pour un voyage parsemé de rencontres pétillantes ou brûlantes. Au gré d’histoires vagabondes, telle une exhortation à l’aventure et à revivre un passé qui parle de rêves d’enfance.

Tout en élargissant et en personnalisant leurs styles musicaux, nos deux compères se font un point d’honneur à mettre l’accent sur de nombreuses traditions de la musique folk américaine.

Une dizaine de chansons suffisent à nous toucher en plein cœur.

Un son simple, sans être simpliste, traversé de part en part par des guitares enchevêtrées aux ryhtmiques qui s’entrelacent, se répondent, s’effacent ensemble pour ressurgir en un éternel chassé croisé.

Les harmonies ne cachent rien de leurs influences : à l’évidence Simon & Garfunkel, Crosby, Stills, Nash & Young, mais aussi les plus actuels Fleet Foxes, First Aid Kit, Punch Brothers, et autre Sarah Jarosz… Une alternance d’accords imparables mineurs et majeurs, et mélodies efficaces revendiquées ! Une technique ninja pour hypnotiser les auditeurs, évoquer le rêve et susciter l’émotion.

Leur univers détendu et enchanteur ne donne pas envie de redescendre sur terre, et ils le savent ! Si bien que, pour nous tenir en haleine, ils s’écartent de la stricte tradition de la folk américaine en reprenant un titre de légende faisant l’objet d’un braquage en règle : The Show must go on, des Queen, à la ferveur non feinte, qui renoue avec le meilleur du rock. Une riche idée que de l’avoir revisité en acoustique, en faisant fi de tous les arrangements majestueux de Queen, avec deux guitares sèches, des maracas, un violoncelle profond et grave, et leurs voix mélancoliques suspendues.

Une mue qui constitue le parfait atout de ce premier EP qui ne diverge pas de la trame qui se poursuit tout du long qu’est la nostalgie. Une nostalgie qui ne fait que s’amplifier avec le très émouvant Childhood dreams.

En 2016, le groupe remporte le concours « Ma première scène » au Centre Culturel de Woluwe-St-Pierre et figure parmi les lauréats de « Ça Balance » qui lui propose un programme d’accompagnement complet pendant un an.

En attendant septembre, on vous laisse dévorer des yeux l’interview très enjouée de ces deux musiciens.

Barnill Brothers – Vidéo : The Show Must Go On

SD – Barnabé et Ruben bonjour ! Une question me brûle : pourquoi Ted et Charlie ? 🙂

Personne ne choisit son prénom… Notre père spirituel, Jerry Douglas Barnill, menuisier à Forkland (Kentucky) nous les a donnés en mémoire de ses deux labradors, Ted et Charlie.

SD – L’épure de votre folk américaine ouvre de grands espaces à l’imagination et à l’émotion. Vos voix nous font chevaucher ces chevaux débridés qui nous élèvent, portés par vos harmonies, vers l’éther impénétrable des plaines de l’Ouest sauvage des Westerns… D’où vous vient ce goût pour ces contrées lointaines, et ce style musical ?

Nous aimons beaucoup la Belgique et l’esprit belge, mais nous sommes très serrés dans ce petit pays ! L’Amérique nous fait rêver pour ses grands espaces, ses longues routes interminables, et c’est là qu’est le berceau du blues, du rock et du folk. Pour nous, la musique folk est une musique pure et authentique, dans laquelle chaque chanson est arrangée au plus simple pour laisser la place à la composition “brute” et les paroles.

Ruben : j’ai toujours adoré la musique de Paul Simon ou encore Crosby, Stills & Nash, pour le songwriting, les harmonies vocales et les guitares acoustiques.

Barnabé : quant à moi, je suis particulièrement séduit par le côté brut et authentique de Bob Dylan et Neil Young. Nous nous sommes rapidement retrouvés avec ces influences, et d’ailleurs on s’échange très régulièrement des découvertes.

SD – En artistes accomplis, vous avez décidé de reprendre un monument du rock en version acoustique : The show must go on  de Queen. Pourriez-vous nous expliquer ce choix ?

Ruben : à 15 ans, j’avais comme seul CD le Greatest Hits II de Queen qui tournait en boucle. De là est née l’idée de jouer cette musique rock symphonique sur une guitare acoustique. Même si ce n’est pas notre style de prédilection, la composition est géniale, et nous avions envie de la dépouiller complètement pour montrer que même sans tous les arrangements majestueux de Queen, la chanson est tout aussi solide et belle. Les paroles de la chanson nous ont fortement touchés, et nous espérons les mettre autrement en évidence dans cette version.

SD – A contre-courant de toutes les tendances actuelles, vous vous nourrissez aux racines de la folk, de la Country. En fait, vos influences sautent aux yeux, et sont si fortes qu’elles égrènent en quelque sorte l’authenticité d’artistes tels que Simon et Garfunkel. Ne craignez-vous pas de suivre un peu trop ce courant ou cette étiquette prégnante ?

Non, sincèrement pas. On aurait pu croire ça au premier abord, mais nous remarquons à chaque concert combien le public est enthousiaste. Enthousiaste de retrouver cette fraîcheur et l’insouciance des années 60 et 70, mais réinventée. L’important n’est pas le style ou l’étiquette qui nous est attribuée, mais plutôt notre message qui est actuel, il nous appartient et est authentique. De toute manière, nous ne nous enfermons pas dans ce style, peut-être notre prochain album sera folk post-moderne métalleux, qui sait !

Actuellement, le folk des singer-songwriters revient au goût du jour avec des groupes américains comme Fleet Foxes, First Aid Kit, Punch Brothers, Sarah Jarosz,… Nous pensons qu’en Belgique, il y a également une place pour cette musique. Nous ne sommes sûrement pas les seuls à rêver de Chevrolet décapotables, de grandes plaines et de bisons !

Barnill Brothers – Vidéo : Childhood Dreams

SD – Chaque mot de vos chansons claquent et débordent d’énergie. Quelle est l’importance que vous accordez aux textes ?

Une chanson, c’est avant tout des paroles et une mélodie. La mélodie permet de souligner le texte, et inversement. Le texte est pour nous primordial, car il permet de faire passer un message, et donne du corps à la chanson. D’ailleurs, lorsque nous aimons profondément une chanson, c’est aussi parce qu’on s’identifie aux paroles, et qu’elles font ressortir des émotions.

Pour nous, écrire de belles paroles est un apprentissage en soi, au même titre que la composition de la musique, et nous travaillons dur afin de pouvoir transmettre au mieux des émotions et des pensées. Ce travail consiste à chercher les mots justes, car il est facile en anglais d’aligner des phrases “cliché” qui sonnent bien.

SD – Vous arrive-t-il de noter dans des calepins vos pensées, vos sentiments, pour les transformer en chansons ?

Oui, cela permet de s’entraîner à écrire, même si cela n’aboutit pas forcément à une chanson. Nous essayons de pratiquer régulièrement un très bon exercice, qui est très utilisé à Nashville aux « ateliers de songwriting »: l’object writing. Le principe est simple : prenez un objet, un environnement, ou autre chose et « sentez-le » avec chacun de vos 5 sens, puis écrivez ce que vous ressentez, sans réfléchir à la signification ou au sens des phrases, et ce pendant pile 10 minutes. Il en sort souvent des paroles très surprenantes, et parfois inspirantes !

De cette manière, on s’entraîne à écrire des émotions et des sentiments liés à ce qui nous entoure, et cela donne (parfois) de belles choses.

SD – Quels sont les messages que vous souhaitez véhiculer au-delà de tout, par votre musique, par votre art ?

Un message récurrent est celui de la détermination à ne pas se laisser embarquer dans une routine qui nous déplaît. Nous aimons voir nos chansons comme un « reminder » de nos rêves d’enfances qui ne sont pas encore réalisés. De nos jours, tout avance de plus en plus vite, et on ne se rend pas toujours compte que cela nous empêche d’être bien dans sa peau.

Il y a tellement d’options dans la vie, et chaque décision nous engage dans une voie, alors que des milliers d’autres chemins étaient possibles. C’est pourquoi notre premier EP s’appelle “Parallel Lives”, pour rester conscient à chaque pas que nous pouvons choisir notre chemin, et que nous sommes responsables nous-mêmes d’aller chercher le bonheur et l’amour avec les gens qui nous entourent. On aimerait donc que nos chansons permettent de s’évader, et revenir à l’essentiel de nous-mêmes.

SD – Vous accordez une place de choix aux harmonies vocales. Comment composez-vous et travaillez-vous ces harmonies ?

Nous composons tous les deux, mais généralement pas ensemble. La plupart du temps, l’un de nous deux présente une mélodie sans l’avoir pensé à deux voix. Plus la chanson et cette mélodie de base sont belles et solides, plus on peut la faire vibrer en ajoutant une deuxième voix.

Ruben : pour moi, la recherche de la seconde voix se fait spontanément, sans analyser quoi que ce soit. Il est vrai que nous aimons quand nos deux voix se fondent pour ne former qu’une seule, et pour obtenir cet effet nous travaillons les intentions, les respirations, les volumes, les intonations… C’est une recherche d’équilibre intéressante !

Barnill Brothers  : W:Halll

SD – Pour obtenir ce son brut et authentique qui vous caractérise, quelles sont vos exigences (si j’ose dire) quant au choix de vos instruments et le matériel utilisé ?

Etant donné que notre instrumentation est essentiellement basée sur deux guitares acoustiques, nous accordons énormément d’importance à la qualité de chaque instrument. Nous utilisons des guitares aux sons et à des accordages différents afin d’apporter la bonne couleur à chaque chanson. De cette manière, nous utiliserions par exemple une Gibson aux basses bien rondes et profondes, avec une Martin accordée en Nashville tuning, pour apporter un côté scintillant et donner plus de richesse à la chanson.

Concernant l’amplification, nous voulons que le public entende le son brut des guitares et des voix, de telle sorte qu’il se sente comme si on jouait devant lui dans son salon. C’est pour cette raison que nous préférons ne pas brancher nos guitares, nous plaçons simplement de bons micros devant nous, capables de capter l’ambiance acoustique des voix et des guitares.

SD – En 2016, vous remportez le concours Ma première scène au Centre Culturel de Woluwe-St-Pierre et vous figurez parmi les lauréats de Ça Balance qui vous propose un programme d’accompagnement complet pendant un an. Pourriez-vous nous en parler ?

Nous avons gagné le concours “Ma première scène” au commencement de notre projet, et cela nous a motivé pour la suite, nous avons été nourris de l’enthousiasme du public (jeune et moins jeune) par rapport à ce style de musique. Ce concours, organisé par la commune de Woluwe-Saint-Pierre, nous a permis de jouer dans la superbe salle du W:Halll, et nous a permis d’ouvrir des portes à d’autres salles telles que le Botanique.

Concernant “Ca Balance”, qui est un programme d’accompagnement de la Province de Liège, il nous offre en continu des formations de qualités, mais aussi des heures de studio, des résidences, etc. Ce fût pour nous un honneur d’être repris dans leur sélection, comme l’ont été Puggy, Dalton Telegramme, Konoba, et beaucoup d’autres. Grâce à cela, on a pu faire de très belles rencontres dans le milieu artistique, et travailler en profondeur aussi bien notre musique que le management de notre groupe. Et ce n’est pas encore fini d’ailleurs !

SD – Votre premier EP Parallel lives s’apprête à voir le jour en septembre prochain. Pour le produire, vous avez choisi le crowdfunding. Où en êtes-vous dans cette campagne ?

La campagne vient de se terminer, et on est tous les deux sur le c** ! Nous avions la crainte de devoir “faire la manche” auprès de notre entourage, mais un véritable engouement s’est produit autour de notre projet : sur un objectif initial de 3500 €, nous avons récolté plus de 6000 €.

Une fois de plus, nous sommes vraiment honorés par le soutien de nos fans, nos amis et nos familles. Cela présage que de bonnes choses pour la sortie de l’EP en septembre, et on espère que cela pourra nous ouvrir encore d’autres portes !

SD – L’univers souvent cruel qu’est le «marché» de la musique n’est-il parfois pas décourageant ?

Il est vrai que ce n’est pas évident car tout le monde se bouscule pour jouer dans quelques lieux prestigieux et pour faire sa promotion, et notre style de musique qui ne s’apparente pas toujours à de la “pop” rend la chose encore plus compliquée. À défaut d’un label qui pourrait prendre en charge notre management, nous faisons à peu près tout nous-mêmes. C’est évidemment pas l’idéal car nous ne sommes pas des experts en marketing ni en management.

Notre mot d’ordre est de garder le plaisir de jouer ensemble, peu importe ce qui se passe autour de nous.

SD – En quelques phrases, comment envisagez-vous l’avenir après la sortie de votre prochain EP ?

Des millions de dollars, une tournée mondiale et beaucoup de sexe. 🙂

Plus sérieusement, nous sommes déjà en train de préparer la suite, probablement un album qui suivra. Nous sommes confiants que la sortie de l’EP nous donnera une visibilité suffisante pour faire encore plus de rencontres, et nous ouvrir les portes vers de belles salles de concert et des festivals.

Beaucoup de nouvelles chansons sont en train de germer, et on prend un sacré plaisir à les écrire !

Site officiel : http://www.barnillbrothers.be