Un quatrième album à l’abordage dans les studios d’Abbey Road !

Il est quelque part, sous nos latitudes, un groupe de rock progressif qui envergue la grande voile pour les studios d’Abbey Road, en vue de la meilleure efficience possible. Le rêve et la sensation avec, qui n’ont plus qu’à bien se tenir !
Sa musique, ce sont des structures mouvantes et élaborées, sans être pour autant encline aux phrases en colimaçon et aux compositions ampoulées. 
Point n’est besoin d’une complexité infernale, l’essentiel étant de faire pénétrer dans un large public le goût d’une musique de qualité, et d’exhorter tout ce public à être plus sensible aux nuances de la musique.
Fish on Friday, c’est en effet tout un travail sur les nuances, par lesquelles se dégradent, dans une même couleur musicale, une infinie palette d’harmonies et de contrepoints aussi subtils que complexes. 
C’est une vocale "guilmourienne", qui entre en fusion avec des claviers atmosphériques, et une guitare "floydienne". Le tout dans un ravissement poétique, sans un heurt, ni un nuage...
Côté rythmique, la cohésion est parfaite : une basse qui envoie du groove et une batterie imparable. 
Quant aux textes, ils sont aussi intelligents que profonds.
Comme la littérature classique ou le cinéma d’art et d’essai, tout est, ici, affaire de maturité. C’est une mixture de longue main, entreprise avec patience, qui mêle quantités d’informations impressionnantes, en un bouillon de culture sonore où il est bon de décortiquer minutieusement les nombreuses sources d’inspiration. L’œuvre est particulièrement dense, et concentre un grand nombre d’heures de création et d’efforts...
 

Photo : © Jean-Marie Vanderzwalmen

INTERVIEW
 
C’est par une fraiche soirée de novembre, tout enluminée d’ardeurs musicales, que l’équipe de Sounding se rend à Aartselaar, à la rencontre de Frank et William, de Fish On Friday. Nos hôtes ne manquent pas de prévenance : accueil chaleureux en leur foyer, l’Ace Studio, où la vie semble puiser son inextinguible flamme, celle de la passion pour la musique. L’ambiance est franche et rigolarde, les voix s’échauffent en faisant connaissance, on sort les micros, l’appareil photo, l’éclairage, les caméras... Et nous voilà parés pour l’interview !
 
SD - Hi guys ! Fish on Friday, c’est un groupe belge, initialement formé par Franck Van Bogaert et William Beckers, noyaux durs du groupe, que vous êtes. Voilà un nom plutôt insolite pour un groupe de rock... Difficile de ne pas pouffer derrière sa main ! :-)
En catholiques convaincus, les fidèles vous appelleraient-ils à "faire maigre" le vendredi saint ? Ainsi auriez-vous un peu forcé sur le poisson à la cantine ? :)
Pourriez-vous nous raconter, ainsi qu’une anecdote, s’il en est ?
 
FOF - Rires ! Noooon... Rien de judéo-chrétien en tout cas... (Will) A dire vrai, cela me trottait dans la tête depuis trente ans. Je m’étais dit que s’il me fallait créer un autre band un jour, le nom serait simple et accrocheur, tel que Kiss The Bride, ou encore Fish On Friday.
(Frank) J’ai immédiatement adhéré à F.O.F., d’autant que le sigle sonne bien à l’oreille. C’est donc très efficace commercialement parlant. Comme E.L.O. (Electric Light Orchestra), O.M.D.(Orchestral Manoeuvre In The Dark)… et tant d’autres…
 
SD - Comment en êtes-vous arrivés à créer ce band avec les trois autres membres, Marcus Weymaere, Marty Townsend, et Nick Beggs ?
Comment avez-vous adhéré les uns aux autres ?
  
FOF - (Frank) Je connaissais Marcus et Marty depuis un moment déjà. Ce sont d’excellents musiciens professionnels avec lesquels j’ai collaboré sur divers projets musicaux. La question s’est rapidement posée : souhaitons-nous faire de la musique avec des amis ou avec des professionnels ? Pro ou pas pro, that’s the question... Il nous a fallu trancher : “Pro, bien sûr !” C’est alors que Marcus et Marty sont entrés dans le band...
(William) Cela fluidifie l’interaction entre les musiciens, rendant possible le dialogue entre tous, en évitant ainsi les mortifications...
(Frank) De fait, ça exclut les problèmes d’ego et toutes formes de tensions qui pourraient polluer l’ambiance du band...
Il nous restait un bassiste à trouver... Nous avons immédiatement songé à ce monstrueux-talentueux Nick Beggs, ex-Kajagoogoo, bassiste actuel de Steven Wilson et Steve Hackett... Sans manquer d’audace, nous lui avons demandé s’il accepterait de jouer sur Welcome, le titre liminaire de notre deuxième album, Airborne, qu’il a trouvé formidable. C’est instantanément et sans réserve qu’il a adhéré à notre musique...
  
SD - Pourriez-vous nous raconter votre histoire à tous deux, votre rencontre... ? 
 
FOF - La rencontre a eu lieu lors d’une soirée chez un ami commun, Luc Descamps, qui souhaitait réunir des compositeurs comme nous. La magie a de suite opéré entre nous, une entente complice est née. C’est comme la bonne chimie et les atomes crochus...
(Will) Et à peine une semaine plus tard, nous nous retrouvions chez Frank pour une collaboration efficace, tout à la joie de nos inspirations...
 
SD - Vos influences, qui sont assez perceptibles sont à l’évidence le rock progressif, avec un feeling pop. On sent du Floyd, Alan Parsons, Tears 
for Fears (je songe notamment à un morceau comme “Just a Nightmare” sur Godspeed, où la patte Orzabal et Smith est assez notable), et bien profonde dans le derme : celle de Porcupine Tree / Steven Wilson... Qu’en pensez-vous ? 
 
FOF - Tout à fait. Notre rencontre n’est autre que le mix de nos influences respectives.
(Frank) Avec cette différence que je venais de la New Wave, et Will du mouvement hippie, et de la communauté des zappaiens (prenant le contre-pied de la contre-culture dominante hippie...) Je n’en suis pas féru personnellement.
De par nos fortes affinités musicales, nous avons l’heureuse habitude de partager nos coups de coeur, de nous échanger nos CD ; il en résulte que notre collection musicale est sensiblement la même...
 
SD - Six ans d’existence, trois albums déjà. Not so bad ! Un album tous les deux ans... Shoot the Moon, Airborne, Godspeed, et un quatrième à l’abordage...
 
 
FOF - Pour l’instant, cinq morceaux sont déjà mixés, mais nous prenons tout notre temps ; il nous faudra bien une année de plus pour faire que cet album se hisse à la hauteur de nos attentes, et ainsi accepter l’idée de le sortir... La réalité est que nous avons mis la barre un peu haute, Godspeed ayant reçu les louanges exaltées de la presse et de notre public. Cela rend la tâche d’autant plus difficile.
 
SD - A ce sujet, vous n’auriez pas un scoop ? :-)
 
FOF - Comme vous le savez, Nick Beggs est notre bassiste... Il y a quelques temps, il a fait écouter Godspeed à Alan Parsons, dont la réaction nous a réjouis, pour le moins... A l’évidence, nous avons un fan !
Entre surprise et émotion, nous lui avons alors demandé s’il accepterait de jouer les guest stars sur notre prochain album... Dans le registre des bonnes surprises, en voilà une : il nous a prestement suggéré de venir enregistrer à Abbey Road, et de produire l’une ou l’autre chanson de l’album. Voilà qui est valorisant et prometteur. Autant vous dire que le stress est à son comble ! (Rires)
De surcroit, c’est une collaboration qui n’aura de cesse de se répéter... Une nouvelle voie d’un augure heureux semble s’offrir à nous.
Tous genres confondus, les albums qui ont eu ce privilège se comptent sur les doigts d’une main.
 
SD - Pourriez-vous nous parler de ces différents albums, de l’évolution entre chacun d’eux, de la couleur que vous avez souhaité amener ? Une énergie créatrice particulière, s’il en est ?
 
FOF - (Will) A l’origine, Frank faisait les voix témoins, et nous organisions des castings pour trouver la voix que nous cherchions sans réaliser ce qui s’imposait déjà comme une évidence aux oreilles bien affilées de nos épouses respectives, dont les talents de persuasion s’accordaient pour nous convaincre que la voix de Frank était celle qu’il nous fallait.
C’est alors que nous avons décidé de faire FOF à deux, et tout s’est ainsi enchaîné : un premier opus dans l’année, et les deux autres subséquemment, en 2012 et 2014.
(Frank) Le son FOF était déjà bien présent à l’origine, mais plus pop, avec un feeling mélodique et harmonique, qui ne nous a jamais quittés. Le carcan du couplet/refrain assez prohibitif de la pop s’est ensuite émancipé pour s’exprimer plus librement dans cet univers plus prog qui nous ressemble davantage, comme vous le savez.
(Will) Néanmoins, nous évitons les solos interminables, notre volonté étant de préserver la chanson pour ce qu’elle est. Une chanson, c’est avant tout une mélodie qui se retient. Elle doit donc pouvoir être réinterprétée avec juste une guitare ou un piano, et une voix. C’est une notion qui a tendance à se perdre dans ce genre musical. Nous ne sommes pas particulièrement portés sur les pièces musicales de forme trop complexe, qui ont toute leur raison d’être, mais qui ne collent pas à notre esprit, celui de FOF.
 
SD - Un groupe, qu’est-ce que c’est finalement ?
 
FOF - Comme dans toute entreprise, il faut un “patron”, qui est Frank.
(Frank) Nous composons ensemble, et je me charge ensuite des arrangements et de la production. Après les étapes de la composition et des arrangements, je fais appel aux autres musiciens. Chacun donne alors son avis. Ce qui laisse place à une sorte de brainstorming. Reste à distiller les bonnes et les mauvaises idées...
 
SD - De manière générale, de quoi parlent vos chansons ? Y-a-t-il un message récurrent ?
 
FOF - (Frank) j’écris tous les textes. Le plus souvent, il s’agit d’expériences personnelles. Je songe à Ghost notamment, sur Godspeed, qui parle de l’une de mes amies défunte, que j’ai accompagnée dans sa lutte contre le cancer. Aujourd’hui, j’ai la possibilité de louer sa maison, où j’aime à me trouver comme dans un refuge propice à mon inspiration.
 
SD - N’est-il pas difficile ou frustrant de passer autant de temps à créer un album et de ne pouvoir finalement réellement le défendre sur scène, et ainsi le rendre plus vivant ?
 
FOF - (Frank) pas vraiment, non... Je m’en réfère justement à Alan qui n’a jamais fait de scènes, hormis ces dernières années...
Notre priorité est de faire un album de qualité, que notre public puisse apprécier à sa juste valeur.
 
SD - Le principe aujourd’hui de la musique, et d’en vivre, comme tout le monde s’en doute, n’est plus tellement la vente du CD....
 
FOF - En effet, on en est bien conscients. Nous ne vivons pas uniquement de FOF, personnellement je m’occupe de diverses productions, et réalise divers arrangements pour des artistes en Flandre. Quant à Will, il travaille dans la vente d’instruments de musique...
La musique doit rester ce plaisir très précieux de la création et du partage. Quant au reste, il est une bonne étoile qui veille...
 

Photo : © Jean-Marie Vanderzwalmen

 

 

 

 

 

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